CHAPITRE 2
Comme prévu, j' ai passé une longue nuit blanche, grâce à mon très cher voisin; et lorsque, le lendemain matin, « à la première heure », Ivackas arrive, je suis chauffée à blanc. Il m' écoute râler patiemment, se contentant de me demander de baisser un peu le ton, à cause d' Etan, qui est juste à côté et qui est sûrement encore en train de dormir; ce qui a pour effet direct de me faire hurler de plus belle. Je fiche complètement de savoir que je le réveille, et ça m' est à peu près égal qu' il puisse m' entendre ou non.
_Bon, est-ce que tu as fini ? me demande-t-il, une fois que je ne sais plus de quel malheur de la terre l' accuser.
_Oui, je grogne en m' enfonçant dans mon siège avec mauvaise humeur. Mais j' ai l' impression que tu n' as pas écouté un mot de ce que j' ai dit.
_C' est possible; maintenant, c' est à moi de parler. Tout d' abord, je ne t' ai pas dit qu' il était à côté parce que je savais comment tu réagirais et que je devais te garder ici tout de même. Et je n' allais pas non plus jeter Etan dehors...
_M...
_Oui, je sais, ça ne t' aurait posé aucun problème, à toi. Mais j' ai une bonne nouvelle : comme tu sembles être en pleine forme, tu vas pouvoir regagner ta chambre. Je vais faire les examens nécessaires, et tu pourras y aller. Il suffira que tu restes allongée pendant quelque temps.
Il tire une seringue de son sac et un produit.
_Qu' est-ce que c' est que ça, encore ?
_Je dois te prélever du sang, pour les analyses, me répond-il.
_Tu crois pas que j' ai eu assez de piqûres comme ça depuis hier ?
_Eva, c' est important.
_Très bien, dis-je du ton du martyr, en tendant mon bras, tel l' agneau sacrificiel.
Pendant qu' il me prélève 10 000 litres de sang, il me raconte ce qu' il va en faire, toutes les procédures à accomplir, toutes les étapes de la recherche, et pendant un moment je me demande s' il parle toujours français. En même temps, il continue à me prélever du sang,
_Dis, tu comptes m' en laisser un peu ?
_J' en suis qu' au deuxième flacon, Eva. Tu ne risques pas de finir anémiée, ne t' en fais pas. Allez, ça ira. Ce sera un peu juste pour toutes les recherches que je dois faire, mais bon... On aura les résultats ce soir, je viendrai te voir à ce moment-là. Casey va venir te chercher et te ramener à ta chambre. Et je ne veux pas que tu en bouges, c' est entendu ?
Compte là-dessus, mon vieux.
_Eva, tu m' as bien compris ??!
_Oui, je soupire, je suis pas stupide.
_Stupide, non. Mais tu es bien la plus grande tête de mule que je connaisse...
C' est pas faux.
_Tu ne bouges pas de ton lit, c' est un ordre. Compris ?
_Oui, Ivackas.
Il peut toujours se brosser, tiens. Je n' ai pas que ça à faire. Il y a les entraînement, et...
_Je me suis mal exprimé. Est-ce que tu vas le faire ?
_Mais oui, c' est bon...
_Promets !
_Mais...
Ma parole, il lit dans les pensées, maintenant ?
_Promets, ou je t' enferme à clé ici !
_Très bien, c' est promis...
Bon, c' est vrai que je lui ai déjà fait ce coup-là... Il a l' habitude, il me connaît...
_Tu peux y aller.
Il me donne un produit à l' odeur écœurante à boire, qui, paraît-il, me redonnera des forces. Et puis quoi encore? Dès qu' il a le dos tourné, je jette son médicament dans un des pots de fleurs. Casey arrive à ce moment-là, je l' attrape par le bras et je me dépêche de sortir avant qu' Ivackas ne change d' avis.
_Est-ce que ça va ? me demande Casey.
_Un peu fatiguée. Ivackas m' a prélevé des litres de sang...
_Et les résultats ?
_Ce soir.
_Tu as peur ?
_Pff... De quoi ?
_Oh, arrête !
Mine de rien, il me connaît bien, Casey. Il sait bien ce que je pense. Ca peut paraître idiot, d' avoir peur de ces maudits résultats. Avoir peur alors que mon problème, c' est que je guéris facilement, que des blessures qui devraient me tuer ne me font pas plus mal que des égratignures ? Ce que je peux être stupide...
_Laisse-moi tranquille, je grogne en tournant la tête.
Il sourit, il voit qu' il a tapé en plein dans le mille. Il me prend la main et la serre fort et pendant un moment, la peur s' en va.
_T' as pas passé une bonne nuit, toi. Qu' est-ce qui s' est passé ?
_Etan était à l' infirmerie, aussi.
_Aïe. Vous vous êtes encore disputés ?
_Comme d'hab. Ca ne change pas. Je peux pas le supporter, ce type. Je me suis demandé si je n' allais pas en profiter pour le jeter par la fenêtre. Heureusement qu' Ivackas a bien voulu que je sorte, j' aurais fini par l' étrangler, je crois.
Casey sourit en hochant la tête.
Nous traversons les couloirs. Ils sont pleins de monde, et voir toutes ces personnes marcher dans tous les sens me donne vite le vertige. Casey doit me tenir plus fermement. J' aurais peut-être dû le boire, ce maudit médicament...
Nous croisons plusieurs élèves de notre classe, qui viennent me demander comment je me sens. Je n' ai même pas la force de leur répondre. Nous croisons aussi Kern. Il m' offre un bouquet de fleurs en s' excusant encore une fois. Bouquet qui, une fois que nous avons dépassé le champ de vision de celui qui me l' a offert passe par la première fenêtre que nous trouvons. La dernière fois qu' il m' a offert des fleurs pour s' excuser de m' avoir envoyé à l' infirmerie, il les avait cueillies dans le jardin de la BGU, et il y avait des guêpes cachées à l' intérieur. J' ai pas fait attention quand je les ai prises. Résultat : retour direct à l' infirmerie moins d' un quart d' heure après en être sortie. Alors merci bien.
On arrive dans le dortoir et je me mets immédiatement au lit. J' ai l' impression de ne plus avoir de forces. J' aurais vraiment dû le boire, son fichu produit. Casey me borde comme si j' étais une petite fille, puis me laisse sans même que je m' en rende compte. Je suis complètement dans les vapes et je ne tarde pas à m' endormir.
Je me réveille au bout de quelques heures, plutôt en forme. Et je m' aperçois d' une chose à laquelle je n' avais pas fait attention tout à l' heure. Ma chambre est remplie de cadeaux. Une boîte de mes gâteaux préférés de la part de cet amour de Casey, un bouquin de la part des professeurs, un magazine sur mon groupe préféré de la part de Bess, etc... Je les adore.
Un bruit attire soudain mon attention. On croirait qu' un troupeau de T-rex court dans le couloir et se rapproche de ma chambre. La porte s' ouvre à toute volée. Mais ce n' est pas un T-rex.
Pire que ça.
C' est ma sœur, Lena.
_EVAAAA ! s' écrie-t-elle en se jetant à mon cou.
_Mmmf ... Lena ... arrête... tu m' étouffes...
Je me demande si elle sait qu' elle est rentrée parce que je suis censée être gravement blessée... Seigneur, cette gamine a beau n' avoir que six ans, elle ne manque pas de force ...
_Oh, pardon !
Elle s' assoit à côté de moi, le visage grave.
_ J' ai eu tellement peur ! Maman a dit que tu étais blessée ! C' est pas grave, j' espère ?
Elle a les yeux pleins de larmes, maintenant.
_Mais oui, ça va . Si je peux survivre en vivant avec toi, je vois pas ce qui pourrais me tuer, je rigole.
Elle rit, rassurée. J' aperçois alors Maman, qui se trouve sur le pas de la porte, à nous observer. Elle me sourit.
_Est-ce que ça va, ma chérie ? demande-t- en entrant.
_Je viens de survivre à une tentative d' assassinat de plus il y a à peine trente secondes, je ris.
_Lena, chérie, laisse ta sœur tranquille, elle a besoin de se reposer.
_Oh, ça va en fait. Ca aurait pu être pire. Ivackas ne comprend pas comment j' ai pu m' en sortir à aussi bon compte, d' ailleurs. Et moi non plus. Depuis toute petite, j' arrive à survivre à toutes sortes d' accidents dans ce genre sans le moindre problème... Remarque, je ne me plains pas.
_Tu peux remercier ton ange gardien, sourit Maman en approchant. Parce qu' il en a du boulot, avec toi.
Je ris. Maman est tellement jolie ! Elle a une superbe chevelure d' un noir profond, de grands yeux noirs brillants et un sourire magnifique. J' aurais vraiment aimé lui ressembler. Moi, je ressemble plutôt à mon père. Tout le monde le dit. J' ai ses yeux bleus, des cheveux châtains foncés, et son sale caractère, à ce qu' il parait. Pas vraiment grande. Plutôt ronde. Vraiment banale, quoi. Grand-père Laguna dit que je ressemble à ma grand-mère, Raine. Je préfère nettement cette comparaison. Tiens, mais...
_Où est Papa ? je demande.
_Heu, il est...
_A l' infirmerie !! s' écrie Lena. Il est allé voir...
_Lena, tais-toi, tu veux, l' interrompt Maman.
_A l' infirmerie ? Mais qu' est-ce qu' il fait là-bas, je ...
Ma voix se coupe, j' ai comme une grosse boule dans la gorge. Maman fait sortir Lena de ma chambre, malgré ses protestations.
_Ma chérie , me fait doucement Maman, je t' en prie ne réagis pas comme ça, il est juste...
_...allé voir Etan, c' est ça ??
J' aurais dû m' en douter. Il est allé voir ce garçon directement, à peine arrivé. Et moi, il...
_Eva ...
_Non, mais ne t' en fais pas, il n' y a aucun problème, dis-je, la voix tremblante de colère. Sa propre fille a été blessée, mais il s' en moque ; lui, c' est Etan qu' il va voir!! Nooon, il n' y a aucun problème pour moi. Pourquoi? Ca t' en pose un, à toi ??
Je deviens complètement hystérique, là, mais c' est plus fort que moi.
_Eva, il voulait juste parler au docteur...
J' ai l' impression que je n' arrive plus à respirer et les mots ont de plus en plus de mal à sortir; j' ai ... mal à la gorge ... non ... je ne dois pas pleurer... Reprends-toi, ma fille . Bon sang, mais calme-toi, qu' est-ce qui t' arrive... Respirer... Il faut respirer calmement. Maman se lève et se dirige vers la porte.
_Tu es épuisée, je vais te laisser te reposer, je crois que tu ne sais plus ce que tu dis, me dit-elle doucement.
_Oh que si je sais ! Je ne dis que la vérité depuis tout à l' heure, tu le sais très bien ! Mais vas-y, va le voir ! Et dis-lui bien que surtout, c' est pas la peine qu' il se presse de venir me voir. Je suis pas encore mourante. Présente-lui mes excuses!!
_Je suis vraiment désolée que tu penses une chose pareille de ton père, Eva, dit-elle tristement avant de sortir et de refermer la porte .
Des larmes de rage coulent sans que je puissent les arrêter. Je... j' ai toujours su qu' il préférait Etan, après tout. Mais là , je sais pas... j' ai pas pu me contrôler... c' est pas comme si ça me faisait quelque chose, je m' en fiche après tout. Je... mais...
Je crois que je vais dormir...
Comme si ça ne suffisait pas, la porte s' ouvre à nouveau, sur une Quistis éberluée .
_Mais qu' est-ce qui se passe , ici ? Je viens de voir ta mère sortir, complètement bouleversée ! Qu' est-ce qu' il y a ??
_Ri... rien du tout, hoqueté-je, alors que je sanglote comme jamais.
_Eva. Je veux savoir.
_Laisse-moi tranquille...
_Eva, qu' est-ce que tu as dit à ta mère ?
_Juste la vérité. Ce n' est pas de ma faute si elle ne veut pas l' admettre.
_C' est à propos d' Etan, c'est ça ?
_Mais qu' est-ce que vous avez tous avec ce garçon !!!
C' est quand même pas croyable ! Pourquoi est-ce qu' il est toujours question de lui ? Quistis vient s' asseoir sur le bord de mon lit.
_Tu as vu ton père ?
Je lui envoie un regard foudroyant, elle capte tout de suite le message.
_Bon, je n' insiste pas. Je venais prendre des nouvelles, mais je vois que ce n' est pas vraiment le moment.
J' arrive à grande peine à reprendre le contrôle de moi-même . Pour me faire penser à autre chose, elle me parle de tout et de n' importe quoi; de Selphie qui ne devrait plus tarder à accoucher et de Irvine qui se comporte toujours comme un gamin... et au bout d'un moment, ça finit par marcher plus ou moins, je suis plus calme. Quistis est un professeur formidable. Elle se démène vraiment pour les élèves. C' est un peu une mère, pour tous les élèves de la BGU, et après Maman, c' est la personne que j' admire le plus. Mais elle doit repartir; il est tard et elle doit préparer des cours pour demain..
On frappe à la porte au moment où elle se lève. Décidément, ils se sont tous donné le mot pour me pourrir la journée...
La porte s' ouvre et Ivackas entre. Tiens, je l' avais oublié, celui-là. Il salue Quistis qui sort et referme doucement la porte derrière elle.
_Bonsoir.
_Les résultats ? je demande.
_Heuu... oui.
_Et ça n' a rien donné ?
_Eh bieeen... non.
Tu m' étonnes.
_Alors, docteur, qu' est-ce que vous recommandez, maintenant ?
_Tu d...
_Alors là je t' arrête tout de suite, c' est hors de question.
_Mais je n' ai même pas fini ma phrase !
_Oui, mais je sais ce que tu vas dire.
_Alors, pourquoi est-ce que tu me l' as demandé ?
_Je suis fatiguée, Ivackas. Ca a juste ralenti ma réaction. Je n' irai pas voir le professeur Geyser.
Ca fait des années qu' il me fatigue avec son graaaand Professeur Geyser, le génie, la légende. En fait, c' est rien de plus qu' un vieux dingue. Mais Ivackas l' admire, que dis-je, l' adule, pour tous les grands travaux qu' il a menés.
_C' est la seule solution. Il n' y a que lui qui puisse découvrir ce qui se passe.
_Il est complètement sénile !
_Ne parle pas comme ça de lui ! C' est un très grand savant ! Il saurait sûrement résoudre ce mystère...
_C' est non.
_J' ai parlé à ton père.
Et voilà.
_Il est d' accord.
J' aurais dû m' en douter.
_J' arrive pas à croire que tu m' aies fait ça !
_Enfin, c'est pour ton bien !
_Et ça ne compte pas si je ne suis pas d' accord ?
_Non. Tu as rendez-vous dans deux jours.
_Tu me le paieras.
_D' accord. Autre chose ?
_Je suis tout le temps fatiguée, j' ai l' impression de plus avoir de forces, j' en ai marre. Ca va durer combien de temps, encore ?
_Je t' avais dit de boire le médicament.
_Qu' est-ce qui te fais croire que je ne l' ai pas fait ?
_Mon géranium crevé.
_Il est crevé , et tu voulais que je boive ça ??
_Eva, ce produit n' est généralement pas fait pour les plantes. Il faudrait que tu comprennes que si je te dis ou je te donne quelque chose, c'est pour ton bien. De toute façon, d' ici deux ou trois jours, tu iras mieux. Tu pourras te lever. Mais pas question de retourner en cours ou aux entraînements avant une semaine.
_Une semaine ? t' es fou ! Je ne peux pas rester une semaine sans aller aux cours !!
_Il faudra bien.
_T' es marrant, c' est pas toi qui doit tout rattraper, après !
_Qu' est ce que tu veux que je te dise. Il faut ce qu' il faut.
_Mais qu' est-ce que je vais faire en attendant ?
_J' en sais rien. Mets-toi au tricot. Fais-toi un joli pull. Allez, il faut que j' y aille .
Il sort.
Je t' en ficherai, moi des tricots.
Donc voila le chapitre 2 du Feu et de la glace. Et pour la suite faudra attendre vendredi prochain NA
Comme prévu, j' ai passé une longue nuit blanche, grâce à mon très cher voisin; et lorsque, le lendemain matin, « à la première heure », Ivackas arrive, je suis chauffée à blanc. Il m' écoute râler patiemment, se contentant de me demander de baisser un peu le ton, à cause d' Etan, qui est juste à côté et qui est sûrement encore en train de dormir; ce qui a pour effet direct de me faire hurler de plus belle. Je fiche complètement de savoir que je le réveille, et ça m' est à peu près égal qu' il puisse m' entendre ou non.
_Bon, est-ce que tu as fini ? me demande-t-il, une fois que je ne sais plus de quel malheur de la terre l' accuser.
_Oui, je grogne en m' enfonçant dans mon siège avec mauvaise humeur. Mais j' ai l' impression que tu n' as pas écouté un mot de ce que j' ai dit.
_C' est possible; maintenant, c' est à moi de parler. Tout d' abord, je ne t' ai pas dit qu' il était à côté parce que je savais comment tu réagirais et que je devais te garder ici tout de même. Et je n' allais pas non plus jeter Etan dehors...
_M...
_Oui, je sais, ça ne t' aurait posé aucun problème, à toi. Mais j' ai une bonne nouvelle : comme tu sembles être en pleine forme, tu vas pouvoir regagner ta chambre. Je vais faire les examens nécessaires, et tu pourras y aller. Il suffira que tu restes allongée pendant quelque temps.
Il tire une seringue de son sac et un produit.
_Qu' est-ce que c' est que ça, encore ?
_Je dois te prélever du sang, pour les analyses, me répond-il.
_Tu crois pas que j' ai eu assez de piqûres comme ça depuis hier ?
_Eva, c' est important.
_Très bien, dis-je du ton du martyr, en tendant mon bras, tel l' agneau sacrificiel.
Pendant qu' il me prélève 10 000 litres de sang, il me raconte ce qu' il va en faire, toutes les procédures à accomplir, toutes les étapes de la recherche, et pendant un moment je me demande s' il parle toujours français. En même temps, il continue à me prélever du sang,
_Dis, tu comptes m' en laisser un peu ?
_J' en suis qu' au deuxième flacon, Eva. Tu ne risques pas de finir anémiée, ne t' en fais pas. Allez, ça ira. Ce sera un peu juste pour toutes les recherches que je dois faire, mais bon... On aura les résultats ce soir, je viendrai te voir à ce moment-là. Casey va venir te chercher et te ramener à ta chambre. Et je ne veux pas que tu en bouges, c' est entendu ?
Compte là-dessus, mon vieux.
_Eva, tu m' as bien compris ??!
_Oui, je soupire, je suis pas stupide.
_Stupide, non. Mais tu es bien la plus grande tête de mule que je connaisse...
C' est pas faux.
_Tu ne bouges pas de ton lit, c' est un ordre. Compris ?
_Oui, Ivackas.
Il peut toujours se brosser, tiens. Je n' ai pas que ça à faire. Il y a les entraînement, et...
_Je me suis mal exprimé. Est-ce que tu vas le faire ?
_Mais oui, c' est bon...
_Promets !
_Mais...
Ma parole, il lit dans les pensées, maintenant ?
_Promets, ou je t' enferme à clé ici !
_Très bien, c' est promis...
Bon, c' est vrai que je lui ai déjà fait ce coup-là... Il a l' habitude, il me connaît...
_Tu peux y aller.
Il me donne un produit à l' odeur écœurante à boire, qui, paraît-il, me redonnera des forces. Et puis quoi encore? Dès qu' il a le dos tourné, je jette son médicament dans un des pots de fleurs. Casey arrive à ce moment-là, je l' attrape par le bras et je me dépêche de sortir avant qu' Ivackas ne change d' avis.
_Est-ce que ça va ? me demande Casey.
_Un peu fatiguée. Ivackas m' a prélevé des litres de sang...
_Et les résultats ?
_Ce soir.
_Tu as peur ?
_Pff... De quoi ?
_Oh, arrête !
Mine de rien, il me connaît bien, Casey. Il sait bien ce que je pense. Ca peut paraître idiot, d' avoir peur de ces maudits résultats. Avoir peur alors que mon problème, c' est que je guéris facilement, que des blessures qui devraient me tuer ne me font pas plus mal que des égratignures ? Ce que je peux être stupide...
_Laisse-moi tranquille, je grogne en tournant la tête.
Il sourit, il voit qu' il a tapé en plein dans le mille. Il me prend la main et la serre fort et pendant un moment, la peur s' en va.
_T' as pas passé une bonne nuit, toi. Qu' est-ce qui s' est passé ?
_Etan était à l' infirmerie, aussi.
_Aïe. Vous vous êtes encore disputés ?
_Comme d'hab. Ca ne change pas. Je peux pas le supporter, ce type. Je me suis demandé si je n' allais pas en profiter pour le jeter par la fenêtre. Heureusement qu' Ivackas a bien voulu que je sorte, j' aurais fini par l' étrangler, je crois.
Casey sourit en hochant la tête.
Nous traversons les couloirs. Ils sont pleins de monde, et voir toutes ces personnes marcher dans tous les sens me donne vite le vertige. Casey doit me tenir plus fermement. J' aurais peut-être dû le boire, ce maudit médicament...
Nous croisons plusieurs élèves de notre classe, qui viennent me demander comment je me sens. Je n' ai même pas la force de leur répondre. Nous croisons aussi Kern. Il m' offre un bouquet de fleurs en s' excusant encore une fois. Bouquet qui, une fois que nous avons dépassé le champ de vision de celui qui me l' a offert passe par la première fenêtre que nous trouvons. La dernière fois qu' il m' a offert des fleurs pour s' excuser de m' avoir envoyé à l' infirmerie, il les avait cueillies dans le jardin de la BGU, et il y avait des guêpes cachées à l' intérieur. J' ai pas fait attention quand je les ai prises. Résultat : retour direct à l' infirmerie moins d' un quart d' heure après en être sortie. Alors merci bien.
On arrive dans le dortoir et je me mets immédiatement au lit. J' ai l' impression de ne plus avoir de forces. J' aurais vraiment dû le boire, son fichu produit. Casey me borde comme si j' étais une petite fille, puis me laisse sans même que je m' en rende compte. Je suis complètement dans les vapes et je ne tarde pas à m' endormir.
Je me réveille au bout de quelques heures, plutôt en forme. Et je m' aperçois d' une chose à laquelle je n' avais pas fait attention tout à l' heure. Ma chambre est remplie de cadeaux. Une boîte de mes gâteaux préférés de la part de cet amour de Casey, un bouquin de la part des professeurs, un magazine sur mon groupe préféré de la part de Bess, etc... Je les adore.
Un bruit attire soudain mon attention. On croirait qu' un troupeau de T-rex court dans le couloir et se rapproche de ma chambre. La porte s' ouvre à toute volée. Mais ce n' est pas un T-rex.
Pire que ça.
C' est ma sœur, Lena.
_EVAAAA ! s' écrie-t-elle en se jetant à mon cou.
_Mmmf ... Lena ... arrête... tu m' étouffes...
Je me demande si elle sait qu' elle est rentrée parce que je suis censée être gravement blessée... Seigneur, cette gamine a beau n' avoir que six ans, elle ne manque pas de force ...
_Oh, pardon !
Elle s' assoit à côté de moi, le visage grave.
_ J' ai eu tellement peur ! Maman a dit que tu étais blessée ! C' est pas grave, j' espère ?
Elle a les yeux pleins de larmes, maintenant.
_Mais oui, ça va . Si je peux survivre en vivant avec toi, je vois pas ce qui pourrais me tuer, je rigole.
Elle rit, rassurée. J' aperçois alors Maman, qui se trouve sur le pas de la porte, à nous observer. Elle me sourit.
_Est-ce que ça va, ma chérie ? demande-t- en entrant.
_Je viens de survivre à une tentative d' assassinat de plus il y a à peine trente secondes, je ris.
_Lena, chérie, laisse ta sœur tranquille, elle a besoin de se reposer.
_Oh, ça va en fait. Ca aurait pu être pire. Ivackas ne comprend pas comment j' ai pu m' en sortir à aussi bon compte, d' ailleurs. Et moi non plus. Depuis toute petite, j' arrive à survivre à toutes sortes d' accidents dans ce genre sans le moindre problème... Remarque, je ne me plains pas.
_Tu peux remercier ton ange gardien, sourit Maman en approchant. Parce qu' il en a du boulot, avec toi.
Je ris. Maman est tellement jolie ! Elle a une superbe chevelure d' un noir profond, de grands yeux noirs brillants et un sourire magnifique. J' aurais vraiment aimé lui ressembler. Moi, je ressemble plutôt à mon père. Tout le monde le dit. J' ai ses yeux bleus, des cheveux châtains foncés, et son sale caractère, à ce qu' il parait. Pas vraiment grande. Plutôt ronde. Vraiment banale, quoi. Grand-père Laguna dit que je ressemble à ma grand-mère, Raine. Je préfère nettement cette comparaison. Tiens, mais...
_Où est Papa ? je demande.
_Heu, il est...
_A l' infirmerie !! s' écrie Lena. Il est allé voir...
_Lena, tais-toi, tu veux, l' interrompt Maman.
_A l' infirmerie ? Mais qu' est-ce qu' il fait là-bas, je ...
Ma voix se coupe, j' ai comme une grosse boule dans la gorge. Maman fait sortir Lena de ma chambre, malgré ses protestations.
_Ma chérie , me fait doucement Maman, je t' en prie ne réagis pas comme ça, il est juste...
_...allé voir Etan, c' est ça ??
J' aurais dû m' en douter. Il est allé voir ce garçon directement, à peine arrivé. Et moi, il...
_Eva ...
_Non, mais ne t' en fais pas, il n' y a aucun problème, dis-je, la voix tremblante de colère. Sa propre fille a été blessée, mais il s' en moque ; lui, c' est Etan qu' il va voir!! Nooon, il n' y a aucun problème pour moi. Pourquoi? Ca t' en pose un, à toi ??
Je deviens complètement hystérique, là, mais c' est plus fort que moi.
_Eva, il voulait juste parler au docteur...
J' ai l' impression que je n' arrive plus à respirer et les mots ont de plus en plus de mal à sortir; j' ai ... mal à la gorge ... non ... je ne dois pas pleurer... Reprends-toi, ma fille . Bon sang, mais calme-toi, qu' est-ce qui t' arrive... Respirer... Il faut respirer calmement. Maman se lève et se dirige vers la porte.
_Tu es épuisée, je vais te laisser te reposer, je crois que tu ne sais plus ce que tu dis, me dit-elle doucement.
_Oh que si je sais ! Je ne dis que la vérité depuis tout à l' heure, tu le sais très bien ! Mais vas-y, va le voir ! Et dis-lui bien que surtout, c' est pas la peine qu' il se presse de venir me voir. Je suis pas encore mourante. Présente-lui mes excuses!!
_Je suis vraiment désolée que tu penses une chose pareille de ton père, Eva, dit-elle tristement avant de sortir et de refermer la porte .
Des larmes de rage coulent sans que je puissent les arrêter. Je... j' ai toujours su qu' il préférait Etan, après tout. Mais là , je sais pas... j' ai pas pu me contrôler... c' est pas comme si ça me faisait quelque chose, je m' en fiche après tout. Je... mais...
Je crois que je vais dormir...
Comme si ça ne suffisait pas, la porte s' ouvre à nouveau, sur une Quistis éberluée .
_Mais qu' est-ce qui se passe , ici ? Je viens de voir ta mère sortir, complètement bouleversée ! Qu' est-ce qu' il y a ??
_Ri... rien du tout, hoqueté-je, alors que je sanglote comme jamais.
_Eva. Je veux savoir.
_Laisse-moi tranquille...
_Eva, qu' est-ce que tu as dit à ta mère ?
_Juste la vérité. Ce n' est pas de ma faute si elle ne veut pas l' admettre.
_C' est à propos d' Etan, c'est ça ?
_Mais qu' est-ce que vous avez tous avec ce garçon !!!
C' est quand même pas croyable ! Pourquoi est-ce qu' il est toujours question de lui ? Quistis vient s' asseoir sur le bord de mon lit.
_Tu as vu ton père ?
Je lui envoie un regard foudroyant, elle capte tout de suite le message.
_Bon, je n' insiste pas. Je venais prendre des nouvelles, mais je vois que ce n' est pas vraiment le moment.
J' arrive à grande peine à reprendre le contrôle de moi-même . Pour me faire penser à autre chose, elle me parle de tout et de n' importe quoi; de Selphie qui ne devrait plus tarder à accoucher et de Irvine qui se comporte toujours comme un gamin... et au bout d'un moment, ça finit par marcher plus ou moins, je suis plus calme. Quistis est un professeur formidable. Elle se démène vraiment pour les élèves. C' est un peu une mère, pour tous les élèves de la BGU, et après Maman, c' est la personne que j' admire le plus. Mais elle doit repartir; il est tard et elle doit préparer des cours pour demain..
On frappe à la porte au moment où elle se lève. Décidément, ils se sont tous donné le mot pour me pourrir la journée...
La porte s' ouvre et Ivackas entre. Tiens, je l' avais oublié, celui-là. Il salue Quistis qui sort et referme doucement la porte derrière elle.
_Bonsoir.
_Les résultats ? je demande.
_Heuu... oui.
_Et ça n' a rien donné ?
_Eh bieeen... non.
Tu m' étonnes.
_Alors, docteur, qu' est-ce que vous recommandez, maintenant ?
_Tu d...
_Alors là je t' arrête tout de suite, c' est hors de question.
_Mais je n' ai même pas fini ma phrase !
_Oui, mais je sais ce que tu vas dire.
_Alors, pourquoi est-ce que tu me l' as demandé ?
_Je suis fatiguée, Ivackas. Ca a juste ralenti ma réaction. Je n' irai pas voir le professeur Geyser.
Ca fait des années qu' il me fatigue avec son graaaand Professeur Geyser, le génie, la légende. En fait, c' est rien de plus qu' un vieux dingue. Mais Ivackas l' admire, que dis-je, l' adule, pour tous les grands travaux qu' il a menés.
_C' est la seule solution. Il n' y a que lui qui puisse découvrir ce qui se passe.
_Il est complètement sénile !
_Ne parle pas comme ça de lui ! C' est un très grand savant ! Il saurait sûrement résoudre ce mystère...
_C' est non.
_J' ai parlé à ton père.
Et voilà.
_Il est d' accord.
J' aurais dû m' en douter.
_J' arrive pas à croire que tu m' aies fait ça !
_Enfin, c'est pour ton bien !
_Et ça ne compte pas si je ne suis pas d' accord ?
_Non. Tu as rendez-vous dans deux jours.
_Tu me le paieras.
_D' accord. Autre chose ?
_Je suis tout le temps fatiguée, j' ai l' impression de plus avoir de forces, j' en ai marre. Ca va durer combien de temps, encore ?
_Je t' avais dit de boire le médicament.
_Qu' est-ce qui te fais croire que je ne l' ai pas fait ?
_Mon géranium crevé.
_Il est crevé , et tu voulais que je boive ça ??
_Eva, ce produit n' est généralement pas fait pour les plantes. Il faudrait que tu comprennes que si je te dis ou je te donne quelque chose, c'est pour ton bien. De toute façon, d' ici deux ou trois jours, tu iras mieux. Tu pourras te lever. Mais pas question de retourner en cours ou aux entraînements avant une semaine.
_Une semaine ? t' es fou ! Je ne peux pas rester une semaine sans aller aux cours !!
_Il faudra bien.
_T' es marrant, c' est pas toi qui doit tout rattraper, après !
_Qu' est ce que tu veux que je te dise. Il faut ce qu' il faut.
_Mais qu' est-ce que je vais faire en attendant ?
_J' en sais rien. Mets-toi au tricot. Fais-toi un joli pull. Allez, il faut que j' y aille .
Il sort.
Je t' en ficherai, moi des tricots.
Donc voila le chapitre 2 du Feu et de la glace. Et pour la suite faudra attendre vendredi prochain NA


linoa8
dim 13 aoû 2006 23:59