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Tifa & Denzel (Advent Children) posté le jeudi 10 août 2006 00:54
Vos perso preferer dans FFVIII (Final Fantasy VIII) posté le jeudi 10 août 2006 17:04
Le feu et la glace (Final Fantasy VIII) posté le vendredi 11 août 2006 16:02
le feu et la glace est une fanfic (fanfiction) que je vais publier avec l'autorisation de son auteur Dido. Cela 20ans apres la fin du jeu, les 2 perso principaux se nomme Eva et Etan. Comment? Sa a aucun rapport avec FFVIII? Mais si vous le decouvrirez en lisant la fic. Les publication se feront tout les vendredi (bah ouais on est vendredi aujourd'hui)
donc voila c'est tt ce que j'avais a dire^^
donc voila c'est tt ce que j'avais a dire^^
Chapitre 1-Le feu et la glace (Final Fantasy VIII) posté le vendredi 11 août 2006 16:03
CHAPITRE 1
Ma tête...
J' entends un bourdonnement, un bourdonnement horrible, qui semble m' entourer de toutes parts, sans que j' en connaisse l' origine...
Et ma tête... elle va exploser...
J' ai mal...
Où est-ce que je suis ? Je n' arrive pas à ouvrir les yeux, comme si chaque paupière pesait des tonnes... ou comme si le noir qui m' entoure, m' oppresse, était tellement dense que la pression m' empêchait de les ouvrir. Je ne vois rien, j' ai l' impression de tomber...
Toujours tomber...
Dans un trou sans fond.
Pourquoi est-ce que je ne peux pas bouger ? Comme si j' étais complètement vide...
Vide de volonté.
De force.
Le bourdonnement ne s' apaise qu' au bout de quelques minutes. Ou peut-être quelques heures, je ne sais pas...
Le temps...
Le temps passe-t-il réellement ?
Un vertige me prend, devant tout ce néant, et j' ai de nouveau peur de tomber. Que se passera-t-il quand je heurterai le sol ?
Et qu' y trouverai-je ?
Le bourdonnement a cessé petit à petit, lentement, mais se transforme en voix. Des voix qui envahissent mon esprit.
_... s' est passé ?
_Kern, espèce d' idiot, qu' est-ce que t' as encore fait?
_Je ... je ne sais pas... je ne comprends pas, c' est...
_Regardez, elle a bougé !
Je n' aurais jamais pensé qu' ouvrir les yeux, geste machinal, automatique et si naturel pourrait être aussi épuisant. Mais à cet instant, il me demande un effort surhumain. La lumière m' aveugle tout d' abord. L' obscurité cède à la lumière vive, et je cligne des yeux. Au bout de quelques minutes, la lumière diminue d' intensité, et je distingue des formes noires qui s' agitent devant moi.
_Eva !! Est-ce que ça va ? Eva ?
Qu' est-ce que c' est que ces ombres ? Elles ne cessent de bouger, de changer de forme. Depuis quand est-ce que les fantômes sont noirs ? Mais ce ne sont pas des fantômes. Des ombres... Elles rétrécissent et se muent peu à peu en visages, encore flous, que je ne parviens pas à voir clairement et à reconnaître.
_Eva !! Réponds-moi ! Comment est-ce que tu te sens ?
Est-ce que c' est à moi qu' on parle ?? Je vois un des visages se rapprocher, et je le fixe un instant, hagarde.
_Eva ?!
Puis tout d' un coup, tout s' éclaire, tout devient net. Je me rends compte que je suis allongée, car je peux voir le plafond de la serre de combat. Au-dessus de moi, des visages inquiets...
_Casey... je murmure péniblement en reconnaissant le visage le plus proche.
Il a l' air soulagé et tente un timide sourire.
_Tu nous as fait une de ces peurs ! Comment est-ce que tu te sens ?
_J' ai mal... et je suis complètement dans les vapes... Mais qu' est-ce qui s' est passé ?
Je me souviens juste que nous étions en entraînement dans la serre de combat avec ma classe. Je me suis éloignée un instant en reconnaissance en demandant à mon groupe d' attendre mon signal avant de me rejoindre. Puis plus rien.
_Kern t' a confondue avec un T-Rex, fait un spirituel, que je n' aperçois pas.
_Quoi ??
_ Je-je suis désolé, bafouille le dénommé Kern en s' avançant, confus. Je savais pas que c' était toi... qu-quand j' ai vu les buissons bouger, j' ai cru qu-qu' un T-Rex arrivait, et j' ai préféré ti-tirer avant qu' il nous tombe dessus, mais... je...
_Pourquoi est-ce que ça ne m' étonne pas ... je marmonne en me passant la main sur le front.
Je me suis toujours dit qu' il finirait par me tuer, avec sa maladresse, mieux que n' importe lequel des soldats les plus expérimentés. Je soupire et je m' appuie sur mes coudes pour me lever, sans succès. Quelle chaleur...
_Tu ne devrais pas bouger, me gronde gentiment Casey. Méryl est allée chercher le docteur, ils ne devraient plus tarder. Je vais voir ce qu' ils fabriquent, ajoute-t-il en regardant nerveusement sa montre. Ils en mettent, un temps... Ne bouge pas, surtout.
Il se lève et sort.
Meryl? Eh bien je peux toujours l' attendre, le docteur. La connaissant, elle est probablement effondrée quelque part entre l' infirmerie et la serre de combat, en proie à une de ces crises d' hystérie qui surviennent souvent à ces moments où on a besoin d' elle et qui lui ont probablement fait oublier pourquoi elle était partie. J' ai le temps de mourir de vieillesse avant qu' elle ne parvienne à se ressaisir et à aller chercher le docteur.
_Il vaut mieux que tu restes là, il a raison, calme-toi, dit Kern, luttant visiblement contre sa propre panique en essayant de jouer les docteurs. Elle est tombée sur la tête, elle a peut-être des séquelles, dit-il aux autres, histoire de les affoler un peu plus. Après tout, elle a oublié ce qui s' est passé. Est-ce que tu me reconnais, Eva ?
Il se penche sur moi, les sourcils froncés; je ne l' ai jamais vu aussi sérieux, l' air très inquiet et plus idiot que jamais. Je crois volontiers qu' il regrette profondément ce qu' il a fait, mais ce ne serait pas la première fois, et ça ne l' empêchera pas de recommencer ses bêtises.
_Comment veux-tu que j' oublie une andouille pareille ? je grogne en repoussant sa tête du bras. Pousse-toi, tu m' empêches de respirer.
Il n' a pas l' air de relever la remarque ( il en vu d' autres ) et continue, sur le même ton :
_Combien est-ce que tu vois de doigts ? demande-t-il.
Il perd complètement la tête...
_Douze. Aide-moi à me lever au lieu de dire des âneries.
Il me donne le bras pour m' aider, et sitôt sur mes pieds, je suis de nouveau prise d' un vertige. Casey arrive à ce moment, essoufflé. Il est suivi de Meryl et du Docteur Ivackas, qui stoppe net en me voyant sur mes jambes et me regarde avec de gros yeux.
_Qu' est-ce que tu fais debout, toi ? aboie-t-il. Rallonge-toi immédiatement ! Je croyais que tu étais blessée!
_Mais ça va mieux, je proteste faiblement alors que je sens à nouveau la serre tourner autour de moi.
_C' est ce que je vois, fulmine-t-il en me voyant chanceler. Allonge-toi, je te dis.
A contrecœur, je m' exécute. De toute façon, je ne sais pas combien de temps j' aurai tenu avant de m' effondrer de nouveau. Autant laisser tout le monde penser que c' est uniquement parce qu' il me l' a ordonné que je me rallonge. Le docteur déballe ses affaires en hâte.
_Et maintenant, est-ce que quelqu' un peut me dire ce qui s' est passé, ici ?
Je tourne la tête vers Méryl, secouée par les sanglots et dont le visage est inondé par les larmes. Je vois que je ne m' étais pas trompée. Super. Si Casey n' y était pas allé lui-même, j' aurai toujours pu attendre.
Casey s' est rapproché, lui aussi.
_Elle a reçu une fléchette de AV-392 par erreur.
Le coupable, qui se reconnaît, se fait tout petit. Je ne vois pas Kern à ce moment, mais j' imagine très bien la tête qu' il doit faire. Casey ne le dénoncera pas, ce n' est pas son genre. Pourtant, je sais qu' il en meure d' envie tellement il est fou de rage.
Le AV-392 est une substance découverte récemment, qu' on utilise lors des entraînements. Une sorte d' anesthésiant, contenu dans des fléchettes, que nous tirons au fusil sur les monstres de la serre pour nous entraîner. Ca les endort un moment, mais ça ne les tue pas. Encore heureux. Sinon, je veux pas imaginer ce qui se serait passé pour moi.
_Quelle dose ? demande Ivackas en préparant une seringue pour l' antidote.
_Euh... La D-12...
Ivackas manque de lâcher sa seringue et se redresse vivement.
_La D-12 ? C' est une blague ??!
_Quoi ? Qu' est-ce qu' il y a ? je demande en me redressant.
_Toi, rallonge-toi immédiatement et ne bouge surtout plus, m' ordonne-t-il alors, d' un air étrange.
Et pendant un instant, on croirait presque qu' il panique. La première fois que je le vois comme ça. Mais c' est qu' il commence à me faire peur, aussi !
_Ce qu' il y a ? hurle-t-il presque. Il y a que c' est la dose pour T-Rex ! Bon sang, Eva, ce que tu as reçu suffit à assommer un T-rex pendant une heure !!! Je vous avais bien prévenus d' être prudents avec ce truc !
_Mais ça va, dis-je. Je me sens plutôt bien...
_Et c' est justement ça qui n' est pas normal !
_Dis tout de suite que tu aurais préféré que j' y reste !
_Tu n' as pas l' air de réaliser, dit-il, sérieusement. Avec ce que t' as reçu et vu ton gabarit, tu aurais dû dormir jusqu' à la semaine prochaine, dans le meilleur des cas !
_Dans le meilleur des cas ? demande Casey en déglutissant péniblement. Et dans le pire ?
_Au choix : arrêt cardiaque, coma... Mais certainement pas un réveil au bout de quelques minutes. Ce truc est vraiment très puissant, vous devriez le savoir, depuis le temps. Où est-ce qu' elle a été touchée ?
_A la jambe, répond Casey. La jambe droite.
Je comprends pourquoi j' avais du mal à tenir sur mes jambes, maintenant.
Ivackas examine ma jambe, les sourcils froncés et en ressort la fléchette, qui pour la première fois que je la vois me donne des frissons.
_Tu as de la chance que ça n' ait pas été plus près du cœur, murmure-t-il. Mais avec une telle dose, je doute que ça ait pu changer quoi que ce soit que ça ait été la jambe. Je ne comprends pas ...
Il range la flèche dans un sachet puis il se tourne vers moi, l' air perplexe.
_Ce n' est pas possible que tu aies survécu à l' AV-392, pas avec cette dose. La flèche devait être défectueuse.
_C' est impossible, proteste alors Casey. C' est moi qui ai tout préparé : les flèches, les fusils, et j' ai tout vérifié trois fois, comme d' habitude.
Casey est un véritable parano en ce qui concerne le matériel utilisé. Là-dessus, on peut lui faire entièrement confiance. Si quelque chose avait cloché, s' il y avait eu même le plus petit défaut, il l' aurait remarqué. Il est tellement perfectionniste que ça en devient agaçant parfois quand on ne possède pas sa patience d' ange.
_Quelqu' un est peut-être entré pour toucher au matériel après que tu l' aies fait; et il a abîmé cette fléchette et peut-être quelques autres...
_Je te répète que non, fait Casey, en prenant un air encore plus vexé. Je reste avec le matériel jusqu' à ce qu' on commence l' entraînement, et c' est moi qui le distribue au élèves. A chaque fois. Et on a jamais eu ce genre de problème.
_Vraiment bizarre, murmure le docteur. En tout cas, toi, tu vas aller faire un tour à l' infirmerie, dit-il en se tournant vers moi. Il va falloir que je fasse des examens.
_Mais ça va mieux ! Je vais me reposer un peu et je serai de nouveau en pleine forme !
Peine perdue. Il secoue la tête.
_Je m' en fiche. On ne sait jamais, l' anesthésiant peut agir plus tard. Il vaut mieux que je t' ai sous les yeux si ça arrive.
Il n' y croit pas trop, ça se voit, mais il veut découvrir ce qui s' est passé.
Il ne manquait plus que ça. On a un examen demain, et le compte rendu de l' entraînement d' aujourd' hui à faire à Quistis. Et comme c' était moi le chef du groupe, c' est moi qui suis censée le préparer. Elle va tuer Kern en apprenant ce qui s' est passé, plus sûrement que n' importe quelle flèche de D-12. Mais il a l' habitude, je crois, et ce sera son immunisation à lui. Comme je ne peux pas marcher, Casey et le docteur me portent jusqu' à l'infirmerie et m' installent dans la chambre. Casey promet de repasser et de prévenir mes parents, ce dont je me passerais bien. Ils vont être furieux. J' imagine déjà la scène. Kern, qui nous avait accompagnés, s' avance alors.
_Est-ce que je peux faire quoi que ce soit ? demande-t-il de l' air le plus pitoyable que je lui aie jamais vu.
Ca le rend malade de se dire que c' est de sa faute ce qui se passe; je crois qu' il a toujours été un peu amoureux de moi, allez savoir pourquoi... n' empêche, c' est toujours sur moi que retombent ses bêtises, ce qui ne l' aide pas vraiment à trouver grâce à mes yeux, il s' en rend compte... et il sait aussi que demain il va en prendre pour son grade. J' ai presque pitié de lui.
_Oui: rester le plus loin possible d' elle, fait durement Ivackas, qui a parfaitement deviné qui était le coupable.
Pendant un moment, je me dis qu' il y va un peu fort. Mais en même temps... Il faut dire que sept fois sur dix c' est Kern qui m' envoie à l' infirmerie, quand même... L' air misérable, Kern sors de l' infirmerie, la tête basse.
Ivackas vérifie que j' ai tout ce qu' il me faut.
_Si ça continue, je vais créer un abonnement spécial pour toi, me dit-il, une fois que je suis installée. Tu es quand même une de mes plus fidèles patientes.
_Bonne idée. Je pourrais toujours amener mes affaires ici, je gagnerais du temps.
_Sérieusement, Eva, il va falloir que tu fasses un peu plus attention. Entre les fois où tu te blesses toi-même pendant les entraînements et celles où ce sont tes coéquipiers qui le font, un jour il va t' arriver quelque chose de vraiment grave. En plus, tu monopolises mon infirmerie, finit-il sur un ton bougon.
_Désolée. La prochaine fois j' apporterai mon lit avec moi, pour laisser de la place aux autres.
_C' est ça. Allez, je te laisse pour l' instant, il faut que j' aille voir Quistis. Et tu te reposes. On commencera les analyses un peu plus tard. Au fait, il y a un autre malade juste à côté qui va lui aussi passer la nuit ici. Alors si tu entends du bruit, ne t' inquiète pas. C' est mon deuxième plus fidèle patient. Presque aussi catastrophique que toi.
Alors là, j' aimerai bien savoir qui c'est. Une autre victime de Kern ?
_Je repasse te voir demain à la première heure.
Et il s' en va.
Ivackas est un chouette type. Il est jeune pour un docteur, il a 20 ans ( seulement 4 ans de plus que moi, après tout ... ) et en plus c' est vrai qu' il est pas mal. Assez grand, cheveux et yeux noirs, la peau mate. Il n' a pas grandit à Balamb, d' après ce que je sais; il n' est même pas de ce continent. Personne n' en sais trop rien, il n' est pas vraiment bavard. Mais mon père doit le savoir, lui. Après tout, c' est lui qui dirige la BGU.
Ivackas ( parce qu' il veut autant que possible que nous évitions de l' appeler docteur ) prend un air sévère et bougon, comme ça, mais c' est juste parce qu' il s' inquiète. Une vraie mère poule. Tout le temps à nous donner des conseils, à nous dire de faire plus attention en essayant de prendre un expression sévère et une voix autoritaire. Pire que mon père, et ce n' est pas peu dire.
Ivackas remplace le docteur Kobayasky qui travaillait ici avant et qui est parti il y a un an. Son but, c' est d' avoir le moins de boulot possible, comme il le dit lui-même. Il aimerait ne pas avoir à soigner les gens. Il déteste tout ce qui est violence, combats. Mais il dit que si tout le monde est assez bête pour vouloir passer sa vie à se faire taper dessus, très bien, il est pas contrariant; lui, il s' acharnera à soigner le monde pour lui permettre de se faire taper dessus le plus longtemps possible... Textuel.
Depuis 10 ans que je viens régulièrement ici, rien n' a changé. Même la peinture sur les murs est toujours la même. Je suis quasiment plus souvent ici que dans ma propre chambre au dortoir. Comme si c' était de ma faute. Je dois la plupart de mes visites ici à Kern. La première fois, ça a été le lendemain de son arrivée à la BGU. Une de ces nouvelles armes fonctionnant sur le même principe que le boomerang qui a légèrement dévié de sa trajectoire et est venu heurter ma jambe. Un plâtre pendant deux mois. S' il n' est pas doué pour viser, ce n' est pas la force qui lui manque. En tout cas, c' est comme ça qu' on a fait connaissance. Inutile de dire que de mon côté, je n' étais pas tellement ravie.
La porte de l' infirmerie s' ouvre doucement. Quelqu' un entre et se dirige vers mon lit. C' est Bess. Elle tique un peu en me voyant avec ces bandages sur ma tête et sur ma jambe, mais elle s' efforce de sourire. Elle a beau avoir l' habitude de me voir dans cet état, ça lui fait toujours un choc.
_Eva ! s' écrit-elle. Comment est-ce que tu te sens ?
_Ca peut aller. Un peu étourdie, c' est tout.
Elle rit et s' assied sur le lit près de moi. Bess rit tout le temps, et c' est un véritable réconfort de la voir. Elle est ma meilleure amie, avec Casey. C' est une fille studieuse, rieuse et très jolie, avec ses longs cheveux blonds bouclés. Nous avons le même âge. Elle a grandi à la BGU elle aussi et nous partageons la même chambre au dortoir depuis que nous avons huit ans.
_Désolée, lui dis-je malicieusement, le docteur vient de partir. C' est bête, tu es venue pour rien...
Bess s' est découvert il y a un an un intérêt très vif pour la médecine. Elle qui prétendait depuis toute petite qu' elle deviendrait la plus grande Seed, elle a changé d' avis : elle sera le plus grand de tous les médecins...Elle n' a jamais voulu l' admettre, mais je soupçonne le docteur Ivackas d' y être pour quelque chose, bien qu' à son insu. Et depuis un an, elle tombe souvent malade, ou se blesse régulièrement au cours des entraînements. J' ai presque cru qu' elle allait me faire concurrence dans ce domaine. Sinon, le reste du temps elle passe à l' infirmerie pour discuter avec le docteur. Uniquement de médecine , me jure-t-elle à chaque fois, et je la crois. Elle est trop timide pour lui avouer ses sentiments, elle refuse déjà de se les avouer à elle-même. En tout cas, il faut reconnaître que Bess s' y connaît maintenant énormément en médecine, et c' est souvent elle qui me soigne quand je n' ai pas envie de prévenir Ivackas. Et elle est très douée, elle fera un médecin formidable, j' en suis sûre.
Bess rougit.
_Arrête de dire des bêtises. Tu sais bien que c' est toi que je suis venue voir. En tout cas, je constate que tu es assez en forme pour m'embêter avec ça.
Elle me tire la langue et éclate de rire.
_Et tes parents ? Ils sont au courant ?
C' est à mon tour de grimacer.
_Non, mais ça ne devrait pas tarder. Ils sont en visite à la fac de Trabia. Casey va les contacter, je crois.
_Il faut bien qu' ils le sachent. Allez, un peu de courage, me dit-elle en me tapotant la main. De toute façon, ce n' est pas comme si tu l'avait fait exprès.
Elle ne comprend pas. Mes parents cherchent la moindre excuse pour m' empêcher de devenir Seed. Et ces accidents qui m' arrivent parfois ( comme cela pourrait arriver à tout le monde ' ou presque ) sont les meilleurs qu' ils puissent trouver. " Non, c' est trop dangereux, il pourrait t' arriver quelque chose... Je n' ai pas envie de passer mon temps à attendre, morte d' inquiétude, si ma fille est toujours en vie ... Tu ne sais pas ce que c' est, c' est très dur d' être Seed... C' est un engagement à vie... et patati et patata". Quand ces deux-là s' y mettent ils arriveraient presque à me trouver une bonne raison pour m' empêcher de respirer...
Ok, c' est vrai que je prends pas mal de risques; mais par rapport à ce qu' ils ont vécu, eux, j' ai comme si je passais ma vie à faire la sieste. Je n' ai jamais compris pourquoi ils agissaient comme ça, à toujours essayer de me freiner. Papa a été un grand Seed, et il dirige maintenant la BGU. Il est célèbre dans le monde entier, un véritable héros; tout comme Quistis, et certains des autres professeurs que nous avons ici. Pourquoi vouloir m' empêcher de faire mes preuves ?
Bess et moi discutons un moment de tout et n' importe quoi, puis elle m' annonce qu' elle doit y aller, il est tard.
En effet il fait déjà nuit, mais je n' arrive pas à dormir. Il y a toujours cette douleur à l' arrière de la tête qui m' empêche de fermer l' œil.
Tiens, un bruit ? On dirait que ça vient de la pièce d' à côté. Ah, oui, ce doit être cet autre malade dont m' a parlé Ivackas. J' entends des bruits de draps froissés. La personne là-bas doit se retourner dans son lit de douleur. Il faudrait peut-être que j' aille voir ? Mmmh... C' est peut-être pas une très bonne idée. Je ne suis pas infirmière, et il y a plus de probabilités que j' achève le malade plutôt que je ne parvienne à l' aider. L' autre à côté se met à tousser violemment. Tant pis, je vais quand même voir, au cas où il faudrait appeler Ivackas. Je me lève doucement et vais dans la chambre d' à côté. Je frappe doucement à la porte, puis entre.
_Est-ce que tout va bien ? je demande en essayant de repérer la personne sur le lit.
La lumière s'allume.
Oh non.
Pas lui...
_Tiens, tiens... fait le garçon allongé sur le lit avec de multiples bandages et visiblement pas très en forme - ce qui ne l' empêche pas d' arborer ce sourire en coin que je déteste tant. Eva Leonhart ...
Ça y est, mon mal de tête me reprend.
_Tiens, tiens... Etan Almasy ! Je m' exclame sur le même ton, avec mon sourire le plus faux. La dernière personne au monde que j' ai bien envie de voir !
_Moi aussi, je suis ravi de te revoir ; désolé si je ne me lève pas pour t' accueillir, mais si j' en étais capable, je n' aurais rien à faire ici. C' est gentil d' être passée me voir, ça faisait longtemps.
_Pas assez. Alors, dis-je en contemplant les bandages qu' il a sur la tête. Est-ce qu' on t' a enfin greffé un cerveau ?
_Non. J' imagine qu' ils ont estimé que celui-là était encore en état.
_Ah bon ? Parce que tu en avais déjà un ? Désolée, je n' avais pas remarqué...
Il a un accès de toux.
_J' espère que je ne t' ai pas trop manqué. Ca fait longtemps que je suis parti, je sais. Allez, je vois bien que tu es curieuse; vas-y, demande-moi ce que tu veux :Combien de villes j' ai visité... Pourquoi est-ce que je suis dans cet état...
_Je m' en moque complètement.
Il attrape plusieurs boites sur la table de nuit, les dispose sur le lit et en retire des cachets. Je le regarde faire, les bras croisés, en espérant qu' il s' étouffe avec.
_Pourquoi je suis parti ... combien de personnes est-ce que j' ai battues... Pourquoi... continue-t-il, comme s' il ne m' avait pas entendue.
_Pourquoi est-ce que tu n' es pas resté où tu étais ? je demande, agacée.
_Eh bien, je ...
_Laisse tomber, je n' en ai rien à faire.
_Tu ne t' es vraiment pas améliorée question politesse. Tu pourrais au moins me demander si j' ai besoin de quelque chose.
_Est-ce que tu veux que je t' achève ? Je propose alors avec une sincère bonne foi.
C' est bien la seule chose que j' accepterai de faire pour lui. Je ressors en claquant la porte.
Puisse-t-il mourir de ses blessures dans la nuit ! Mais c' est connu, ce sont toujours les parasites qui survivent le mieux. Le type qui lui a fait ça mérite une médaille. Si je ne risquais pas des ennuis, ce serait avec joie que j' aurais fait la même chose. Notre dernière bagarre m' a laissé un cuisant souvenir : une gifle de mon père, la première que j' ai jamais reçue de lui, et j' ai eu l' impression d' être clouée sur place.
Parfait, je suis sûre de ne plus réussir à m' endormir, maintenant. A travers la cloison, je l' entends tousser bruyamment, à plusieurs reprises. Je parie qu' il le fait exprès pour m' énerver. Ivackas va m' entendre, demain. Il le sait bien que je ne peux pas supporter Etan. Tout le monde le sait.
C' est Etan Almasy, bon sang ! Le fils de ce traître de Seifer, qui a tellement fait souffrir le monde entier ! Tout le monde déteste Etan, d' ailleurs. Je ne connais personne à la BGU qui puisse supporter ce garçon. Mais s' il y a une chose qui a estomaqué tout le monde il y a quelques années- j' étais toute petite à l' époque mais on m' en a parlé, évidemment - ça a été que mon père l' accepte à la BGU. Ils ont tous cru qu' il avait perdu la tête, et franchement, je me demande aussi ce qui a bien pu lui prendre. En tout cas, tout le monde évite Etan comme la peste ici, et pour autant que je me souvienne, on s' est toujours détestés, lui et moi. Mais ça devait être écrit. C' était comme ça avant même que nous ne naissions. Son père et le mien étaient ennemis. Ce sera la même chose pour nous.
Mais s' il y a une chose que je comprends encore moins, c' est que Papa semble l' apprécier. Comment est-ce que c' est possible ? Il lui confie même des missions dans le monde entier alors qu' il n' est même pas encore Seed ( puisqu' il a le même age que moi) et ils discutent souvent tous les deux. Incompréhensible.
Bien sûr que ça m' a fait mal. C' est moi qui devrait avoir droit à tout ça. Papa sait que ce que je veux le plus au monde, c' est être Seed. Moi, ce que je crois, c' est qu' il aurait préféré avoir un garçon. Le truc classique. Mais pas de bol, il n' a que deux filles, Lena et moi. Alors c' est Etan qu' il va aider. Mais est-ce qu' il se rend compte de ce qu' il fait ? Aider le fils de Seifer ! Je n' ai jamais vu cet homme, mais il parait que son fils lui ressemble énormément, et je sais que parfois, ma mère a un mouvement de recul quand elle l' aperçoit quand elle ne s' y attend pas, même si elle se reprend très vite et sourit. Mais on voit bien pendant ces quelques centièmes de secondes des images défiler dans ses yeux, comme des souvenirs qu' elle cache...
pas mal hein? vous en pensez koi?
Ma tête...
J' entends un bourdonnement, un bourdonnement horrible, qui semble m' entourer de toutes parts, sans que j' en connaisse l' origine...
Et ma tête... elle va exploser...
J' ai mal...
Où est-ce que je suis ? Je n' arrive pas à ouvrir les yeux, comme si chaque paupière pesait des tonnes... ou comme si le noir qui m' entoure, m' oppresse, était tellement dense que la pression m' empêchait de les ouvrir. Je ne vois rien, j' ai l' impression de tomber...
Toujours tomber...
Dans un trou sans fond.
Pourquoi est-ce que je ne peux pas bouger ? Comme si j' étais complètement vide...
Vide de volonté.
De force.
Le bourdonnement ne s' apaise qu' au bout de quelques minutes. Ou peut-être quelques heures, je ne sais pas...
Le temps...
Le temps passe-t-il réellement ?
Un vertige me prend, devant tout ce néant, et j' ai de nouveau peur de tomber. Que se passera-t-il quand je heurterai le sol ?
Et qu' y trouverai-je ?
Le bourdonnement a cessé petit à petit, lentement, mais se transforme en voix. Des voix qui envahissent mon esprit.
_... s' est passé ?
_Kern, espèce d' idiot, qu' est-ce que t' as encore fait?
_Je ... je ne sais pas... je ne comprends pas, c' est...
_Regardez, elle a bougé !
Je n' aurais jamais pensé qu' ouvrir les yeux, geste machinal, automatique et si naturel pourrait être aussi épuisant. Mais à cet instant, il me demande un effort surhumain. La lumière m' aveugle tout d' abord. L' obscurité cède à la lumière vive, et je cligne des yeux. Au bout de quelques minutes, la lumière diminue d' intensité, et je distingue des formes noires qui s' agitent devant moi.
_Eva !! Est-ce que ça va ? Eva ?
Qu' est-ce que c' est que ces ombres ? Elles ne cessent de bouger, de changer de forme. Depuis quand est-ce que les fantômes sont noirs ? Mais ce ne sont pas des fantômes. Des ombres... Elles rétrécissent et se muent peu à peu en visages, encore flous, que je ne parviens pas à voir clairement et à reconnaître.
_Eva !! Réponds-moi ! Comment est-ce que tu te sens ?
Est-ce que c' est à moi qu' on parle ?? Je vois un des visages se rapprocher, et je le fixe un instant, hagarde.
_Eva ?!
Puis tout d' un coup, tout s' éclaire, tout devient net. Je me rends compte que je suis allongée, car je peux voir le plafond de la serre de combat. Au-dessus de moi, des visages inquiets...
_Casey... je murmure péniblement en reconnaissant le visage le plus proche.
Il a l' air soulagé et tente un timide sourire.
_Tu nous as fait une de ces peurs ! Comment est-ce que tu te sens ?
_J' ai mal... et je suis complètement dans les vapes... Mais qu' est-ce qui s' est passé ?
Je me souviens juste que nous étions en entraînement dans la serre de combat avec ma classe. Je me suis éloignée un instant en reconnaissance en demandant à mon groupe d' attendre mon signal avant de me rejoindre. Puis plus rien.
_Kern t' a confondue avec un T-Rex, fait un spirituel, que je n' aperçois pas.
_Quoi ??
_ Je-je suis désolé, bafouille le dénommé Kern en s' avançant, confus. Je savais pas que c' était toi... qu-quand j' ai vu les buissons bouger, j' ai cru qu-qu' un T-Rex arrivait, et j' ai préféré ti-tirer avant qu' il nous tombe dessus, mais... je...
_Pourquoi est-ce que ça ne m' étonne pas ... je marmonne en me passant la main sur le front.
Je me suis toujours dit qu' il finirait par me tuer, avec sa maladresse, mieux que n' importe lequel des soldats les plus expérimentés. Je soupire et je m' appuie sur mes coudes pour me lever, sans succès. Quelle chaleur...
_Tu ne devrais pas bouger, me gronde gentiment Casey. Méryl est allée chercher le docteur, ils ne devraient plus tarder. Je vais voir ce qu' ils fabriquent, ajoute-t-il en regardant nerveusement sa montre. Ils en mettent, un temps... Ne bouge pas, surtout.
Il se lève et sort.
Meryl? Eh bien je peux toujours l' attendre, le docteur. La connaissant, elle est probablement effondrée quelque part entre l' infirmerie et la serre de combat, en proie à une de ces crises d' hystérie qui surviennent souvent à ces moments où on a besoin d' elle et qui lui ont probablement fait oublier pourquoi elle était partie. J' ai le temps de mourir de vieillesse avant qu' elle ne parvienne à se ressaisir et à aller chercher le docteur.
_Il vaut mieux que tu restes là, il a raison, calme-toi, dit Kern, luttant visiblement contre sa propre panique en essayant de jouer les docteurs. Elle est tombée sur la tête, elle a peut-être des séquelles, dit-il aux autres, histoire de les affoler un peu plus. Après tout, elle a oublié ce qui s' est passé. Est-ce que tu me reconnais, Eva ?
Il se penche sur moi, les sourcils froncés; je ne l' ai jamais vu aussi sérieux, l' air très inquiet et plus idiot que jamais. Je crois volontiers qu' il regrette profondément ce qu' il a fait, mais ce ne serait pas la première fois, et ça ne l' empêchera pas de recommencer ses bêtises.
_Comment veux-tu que j' oublie une andouille pareille ? je grogne en repoussant sa tête du bras. Pousse-toi, tu m' empêches de respirer.
Il n' a pas l' air de relever la remarque ( il en vu d' autres ) et continue, sur le même ton :
_Combien est-ce que tu vois de doigts ? demande-t-il.
Il perd complètement la tête...
_Douze. Aide-moi à me lever au lieu de dire des âneries.
Il me donne le bras pour m' aider, et sitôt sur mes pieds, je suis de nouveau prise d' un vertige. Casey arrive à ce moment, essoufflé. Il est suivi de Meryl et du Docteur Ivackas, qui stoppe net en me voyant sur mes jambes et me regarde avec de gros yeux.
_Qu' est-ce que tu fais debout, toi ? aboie-t-il. Rallonge-toi immédiatement ! Je croyais que tu étais blessée!
_Mais ça va mieux, je proteste faiblement alors que je sens à nouveau la serre tourner autour de moi.
_C' est ce que je vois, fulmine-t-il en me voyant chanceler. Allonge-toi, je te dis.
A contrecœur, je m' exécute. De toute façon, je ne sais pas combien de temps j' aurai tenu avant de m' effondrer de nouveau. Autant laisser tout le monde penser que c' est uniquement parce qu' il me l' a ordonné que je me rallonge. Le docteur déballe ses affaires en hâte.
_Et maintenant, est-ce que quelqu' un peut me dire ce qui s' est passé, ici ?
Je tourne la tête vers Méryl, secouée par les sanglots et dont le visage est inondé par les larmes. Je vois que je ne m' étais pas trompée. Super. Si Casey n' y était pas allé lui-même, j' aurai toujours pu attendre.
Casey s' est rapproché, lui aussi.
_Elle a reçu une fléchette de AV-392 par erreur.
Le coupable, qui se reconnaît, se fait tout petit. Je ne vois pas Kern à ce moment, mais j' imagine très bien la tête qu' il doit faire. Casey ne le dénoncera pas, ce n' est pas son genre. Pourtant, je sais qu' il en meure d' envie tellement il est fou de rage.
Le AV-392 est une substance découverte récemment, qu' on utilise lors des entraînements. Une sorte d' anesthésiant, contenu dans des fléchettes, que nous tirons au fusil sur les monstres de la serre pour nous entraîner. Ca les endort un moment, mais ça ne les tue pas. Encore heureux. Sinon, je veux pas imaginer ce qui se serait passé pour moi.
_Quelle dose ? demande Ivackas en préparant une seringue pour l' antidote.
_Euh... La D-12...
Ivackas manque de lâcher sa seringue et se redresse vivement.
_La D-12 ? C' est une blague ??!
_Quoi ? Qu' est-ce qu' il y a ? je demande en me redressant.
_Toi, rallonge-toi immédiatement et ne bouge surtout plus, m' ordonne-t-il alors, d' un air étrange.
Et pendant un instant, on croirait presque qu' il panique. La première fois que je le vois comme ça. Mais c' est qu' il commence à me faire peur, aussi !
_Ce qu' il y a ? hurle-t-il presque. Il y a que c' est la dose pour T-Rex ! Bon sang, Eva, ce que tu as reçu suffit à assommer un T-rex pendant une heure !!! Je vous avais bien prévenus d' être prudents avec ce truc !
_Mais ça va, dis-je. Je me sens plutôt bien...
_Et c' est justement ça qui n' est pas normal !
_Dis tout de suite que tu aurais préféré que j' y reste !
_Tu n' as pas l' air de réaliser, dit-il, sérieusement. Avec ce que t' as reçu et vu ton gabarit, tu aurais dû dormir jusqu' à la semaine prochaine, dans le meilleur des cas !
_Dans le meilleur des cas ? demande Casey en déglutissant péniblement. Et dans le pire ?
_Au choix : arrêt cardiaque, coma... Mais certainement pas un réveil au bout de quelques minutes. Ce truc est vraiment très puissant, vous devriez le savoir, depuis le temps. Où est-ce qu' elle a été touchée ?
_A la jambe, répond Casey. La jambe droite.
Je comprends pourquoi j' avais du mal à tenir sur mes jambes, maintenant.
Ivackas examine ma jambe, les sourcils froncés et en ressort la fléchette, qui pour la première fois que je la vois me donne des frissons.
_Tu as de la chance que ça n' ait pas été plus près du cœur, murmure-t-il. Mais avec une telle dose, je doute que ça ait pu changer quoi que ce soit que ça ait été la jambe. Je ne comprends pas ...
Il range la flèche dans un sachet puis il se tourne vers moi, l' air perplexe.
_Ce n' est pas possible que tu aies survécu à l' AV-392, pas avec cette dose. La flèche devait être défectueuse.
_C' est impossible, proteste alors Casey. C' est moi qui ai tout préparé : les flèches, les fusils, et j' ai tout vérifié trois fois, comme d' habitude.
Casey est un véritable parano en ce qui concerne le matériel utilisé. Là-dessus, on peut lui faire entièrement confiance. Si quelque chose avait cloché, s' il y avait eu même le plus petit défaut, il l' aurait remarqué. Il est tellement perfectionniste que ça en devient agaçant parfois quand on ne possède pas sa patience d' ange.
_Quelqu' un est peut-être entré pour toucher au matériel après que tu l' aies fait; et il a abîmé cette fléchette et peut-être quelques autres...
_Je te répète que non, fait Casey, en prenant un air encore plus vexé. Je reste avec le matériel jusqu' à ce qu' on commence l' entraînement, et c' est moi qui le distribue au élèves. A chaque fois. Et on a jamais eu ce genre de problème.
_Vraiment bizarre, murmure le docteur. En tout cas, toi, tu vas aller faire un tour à l' infirmerie, dit-il en se tournant vers moi. Il va falloir que je fasse des examens.
_Mais ça va mieux ! Je vais me reposer un peu et je serai de nouveau en pleine forme !
Peine perdue. Il secoue la tête.
_Je m' en fiche. On ne sait jamais, l' anesthésiant peut agir plus tard. Il vaut mieux que je t' ai sous les yeux si ça arrive.
Il n' y croit pas trop, ça se voit, mais il veut découvrir ce qui s' est passé.
Il ne manquait plus que ça. On a un examen demain, et le compte rendu de l' entraînement d' aujourd' hui à faire à Quistis. Et comme c' était moi le chef du groupe, c' est moi qui suis censée le préparer. Elle va tuer Kern en apprenant ce qui s' est passé, plus sûrement que n' importe quelle flèche de D-12. Mais il a l' habitude, je crois, et ce sera son immunisation à lui. Comme je ne peux pas marcher, Casey et le docteur me portent jusqu' à l'infirmerie et m' installent dans la chambre. Casey promet de repasser et de prévenir mes parents, ce dont je me passerais bien. Ils vont être furieux. J' imagine déjà la scène. Kern, qui nous avait accompagnés, s' avance alors.
_Est-ce que je peux faire quoi que ce soit ? demande-t-il de l' air le plus pitoyable que je lui aie jamais vu.
Ca le rend malade de se dire que c' est de sa faute ce qui se passe; je crois qu' il a toujours été un peu amoureux de moi, allez savoir pourquoi... n' empêche, c' est toujours sur moi que retombent ses bêtises, ce qui ne l' aide pas vraiment à trouver grâce à mes yeux, il s' en rend compte... et il sait aussi que demain il va en prendre pour son grade. J' ai presque pitié de lui.
_Oui: rester le plus loin possible d' elle, fait durement Ivackas, qui a parfaitement deviné qui était le coupable.
Pendant un moment, je me dis qu' il y va un peu fort. Mais en même temps... Il faut dire que sept fois sur dix c' est Kern qui m' envoie à l' infirmerie, quand même... L' air misérable, Kern sors de l' infirmerie, la tête basse.
Ivackas vérifie que j' ai tout ce qu' il me faut.
_Si ça continue, je vais créer un abonnement spécial pour toi, me dit-il, une fois que je suis installée. Tu es quand même une de mes plus fidèles patientes.
_Bonne idée. Je pourrais toujours amener mes affaires ici, je gagnerais du temps.
_Sérieusement, Eva, il va falloir que tu fasses un peu plus attention. Entre les fois où tu te blesses toi-même pendant les entraînements et celles où ce sont tes coéquipiers qui le font, un jour il va t' arriver quelque chose de vraiment grave. En plus, tu monopolises mon infirmerie, finit-il sur un ton bougon.
_Désolée. La prochaine fois j' apporterai mon lit avec moi, pour laisser de la place aux autres.
_C' est ça. Allez, je te laisse pour l' instant, il faut que j' aille voir Quistis. Et tu te reposes. On commencera les analyses un peu plus tard. Au fait, il y a un autre malade juste à côté qui va lui aussi passer la nuit ici. Alors si tu entends du bruit, ne t' inquiète pas. C' est mon deuxième plus fidèle patient. Presque aussi catastrophique que toi.
Alors là, j' aimerai bien savoir qui c'est. Une autre victime de Kern ?
_Je repasse te voir demain à la première heure.
Et il s' en va.
Ivackas est un chouette type. Il est jeune pour un docteur, il a 20 ans ( seulement 4 ans de plus que moi, après tout ... ) et en plus c' est vrai qu' il est pas mal. Assez grand, cheveux et yeux noirs, la peau mate. Il n' a pas grandit à Balamb, d' après ce que je sais; il n' est même pas de ce continent. Personne n' en sais trop rien, il n' est pas vraiment bavard. Mais mon père doit le savoir, lui. Après tout, c' est lui qui dirige la BGU.
Ivackas ( parce qu' il veut autant que possible que nous évitions de l' appeler docteur ) prend un air sévère et bougon, comme ça, mais c' est juste parce qu' il s' inquiète. Une vraie mère poule. Tout le temps à nous donner des conseils, à nous dire de faire plus attention en essayant de prendre un expression sévère et une voix autoritaire. Pire que mon père, et ce n' est pas peu dire.
Ivackas remplace le docteur Kobayasky qui travaillait ici avant et qui est parti il y a un an. Son but, c' est d' avoir le moins de boulot possible, comme il le dit lui-même. Il aimerait ne pas avoir à soigner les gens. Il déteste tout ce qui est violence, combats. Mais il dit que si tout le monde est assez bête pour vouloir passer sa vie à se faire taper dessus, très bien, il est pas contrariant; lui, il s' acharnera à soigner le monde pour lui permettre de se faire taper dessus le plus longtemps possible... Textuel.
Depuis 10 ans que je viens régulièrement ici, rien n' a changé. Même la peinture sur les murs est toujours la même. Je suis quasiment plus souvent ici que dans ma propre chambre au dortoir. Comme si c' était de ma faute. Je dois la plupart de mes visites ici à Kern. La première fois, ça a été le lendemain de son arrivée à la BGU. Une de ces nouvelles armes fonctionnant sur le même principe que le boomerang qui a légèrement dévié de sa trajectoire et est venu heurter ma jambe. Un plâtre pendant deux mois. S' il n' est pas doué pour viser, ce n' est pas la force qui lui manque. En tout cas, c' est comme ça qu' on a fait connaissance. Inutile de dire que de mon côté, je n' étais pas tellement ravie.
La porte de l' infirmerie s' ouvre doucement. Quelqu' un entre et se dirige vers mon lit. C' est Bess. Elle tique un peu en me voyant avec ces bandages sur ma tête et sur ma jambe, mais elle s' efforce de sourire. Elle a beau avoir l' habitude de me voir dans cet état, ça lui fait toujours un choc.
_Eva ! s' écrit-elle. Comment est-ce que tu te sens ?
_Ca peut aller. Un peu étourdie, c' est tout.
Elle rit et s' assied sur le lit près de moi. Bess rit tout le temps, et c' est un véritable réconfort de la voir. Elle est ma meilleure amie, avec Casey. C' est une fille studieuse, rieuse et très jolie, avec ses longs cheveux blonds bouclés. Nous avons le même âge. Elle a grandi à la BGU elle aussi et nous partageons la même chambre au dortoir depuis que nous avons huit ans.
_Désolée, lui dis-je malicieusement, le docteur vient de partir. C' est bête, tu es venue pour rien...
Bess s' est découvert il y a un an un intérêt très vif pour la médecine. Elle qui prétendait depuis toute petite qu' elle deviendrait la plus grande Seed, elle a changé d' avis : elle sera le plus grand de tous les médecins...Elle n' a jamais voulu l' admettre, mais je soupçonne le docteur Ivackas d' y être pour quelque chose, bien qu' à son insu. Et depuis un an, elle tombe souvent malade, ou se blesse régulièrement au cours des entraînements. J' ai presque cru qu' elle allait me faire concurrence dans ce domaine. Sinon, le reste du temps elle passe à l' infirmerie pour discuter avec le docteur. Uniquement de médecine , me jure-t-elle à chaque fois, et je la crois. Elle est trop timide pour lui avouer ses sentiments, elle refuse déjà de se les avouer à elle-même. En tout cas, il faut reconnaître que Bess s' y connaît maintenant énormément en médecine, et c' est souvent elle qui me soigne quand je n' ai pas envie de prévenir Ivackas. Et elle est très douée, elle fera un médecin formidable, j' en suis sûre.
Bess rougit.
_Arrête de dire des bêtises. Tu sais bien que c' est toi que je suis venue voir. En tout cas, je constate que tu es assez en forme pour m'embêter avec ça.
Elle me tire la langue et éclate de rire.
_Et tes parents ? Ils sont au courant ?
C' est à mon tour de grimacer.
_Non, mais ça ne devrait pas tarder. Ils sont en visite à la fac de Trabia. Casey va les contacter, je crois.
_Il faut bien qu' ils le sachent. Allez, un peu de courage, me dit-elle en me tapotant la main. De toute façon, ce n' est pas comme si tu l'avait fait exprès.
Elle ne comprend pas. Mes parents cherchent la moindre excuse pour m' empêcher de devenir Seed. Et ces accidents qui m' arrivent parfois ( comme cela pourrait arriver à tout le monde ' ou presque ) sont les meilleurs qu' ils puissent trouver. " Non, c' est trop dangereux, il pourrait t' arriver quelque chose... Je n' ai pas envie de passer mon temps à attendre, morte d' inquiétude, si ma fille est toujours en vie ... Tu ne sais pas ce que c' est, c' est très dur d' être Seed... C' est un engagement à vie... et patati et patata". Quand ces deux-là s' y mettent ils arriveraient presque à me trouver une bonne raison pour m' empêcher de respirer...
Ok, c' est vrai que je prends pas mal de risques; mais par rapport à ce qu' ils ont vécu, eux, j' ai comme si je passais ma vie à faire la sieste. Je n' ai jamais compris pourquoi ils agissaient comme ça, à toujours essayer de me freiner. Papa a été un grand Seed, et il dirige maintenant la BGU. Il est célèbre dans le monde entier, un véritable héros; tout comme Quistis, et certains des autres professeurs que nous avons ici. Pourquoi vouloir m' empêcher de faire mes preuves ?
Bess et moi discutons un moment de tout et n' importe quoi, puis elle m' annonce qu' elle doit y aller, il est tard.
En effet il fait déjà nuit, mais je n' arrive pas à dormir. Il y a toujours cette douleur à l' arrière de la tête qui m' empêche de fermer l' œil.
Tiens, un bruit ? On dirait que ça vient de la pièce d' à côté. Ah, oui, ce doit être cet autre malade dont m' a parlé Ivackas. J' entends des bruits de draps froissés. La personne là-bas doit se retourner dans son lit de douleur. Il faudrait peut-être que j' aille voir ? Mmmh... C' est peut-être pas une très bonne idée. Je ne suis pas infirmière, et il y a plus de probabilités que j' achève le malade plutôt que je ne parvienne à l' aider. L' autre à côté se met à tousser violemment. Tant pis, je vais quand même voir, au cas où il faudrait appeler Ivackas. Je me lève doucement et vais dans la chambre d' à côté. Je frappe doucement à la porte, puis entre.
_Est-ce que tout va bien ? je demande en essayant de repérer la personne sur le lit.
La lumière s'allume.
Oh non.
Pas lui...
_Tiens, tiens... fait le garçon allongé sur le lit avec de multiples bandages et visiblement pas très en forme - ce qui ne l' empêche pas d' arborer ce sourire en coin que je déteste tant. Eva Leonhart ...
Ça y est, mon mal de tête me reprend.
_Tiens, tiens... Etan Almasy ! Je m' exclame sur le même ton, avec mon sourire le plus faux. La dernière personne au monde que j' ai bien envie de voir !
_Moi aussi, je suis ravi de te revoir ; désolé si je ne me lève pas pour t' accueillir, mais si j' en étais capable, je n' aurais rien à faire ici. C' est gentil d' être passée me voir, ça faisait longtemps.
_Pas assez. Alors, dis-je en contemplant les bandages qu' il a sur la tête. Est-ce qu' on t' a enfin greffé un cerveau ?
_Non. J' imagine qu' ils ont estimé que celui-là était encore en état.
_Ah bon ? Parce que tu en avais déjà un ? Désolée, je n' avais pas remarqué...
Il a un accès de toux.
_J' espère que je ne t' ai pas trop manqué. Ca fait longtemps que je suis parti, je sais. Allez, je vois bien que tu es curieuse; vas-y, demande-moi ce que tu veux :Combien de villes j' ai visité... Pourquoi est-ce que je suis dans cet état...
_Je m' en moque complètement.
Il attrape plusieurs boites sur la table de nuit, les dispose sur le lit et en retire des cachets. Je le regarde faire, les bras croisés, en espérant qu' il s' étouffe avec.
_Pourquoi je suis parti ... combien de personnes est-ce que j' ai battues... Pourquoi... continue-t-il, comme s' il ne m' avait pas entendue.
_Pourquoi est-ce que tu n' es pas resté où tu étais ? je demande, agacée.
_Eh bien, je ...
_Laisse tomber, je n' en ai rien à faire.
_Tu ne t' es vraiment pas améliorée question politesse. Tu pourrais au moins me demander si j' ai besoin de quelque chose.
_Est-ce que tu veux que je t' achève ? Je propose alors avec une sincère bonne foi.
C' est bien la seule chose que j' accepterai de faire pour lui. Je ressors en claquant la porte.
Puisse-t-il mourir de ses blessures dans la nuit ! Mais c' est connu, ce sont toujours les parasites qui survivent le mieux. Le type qui lui a fait ça mérite une médaille. Si je ne risquais pas des ennuis, ce serait avec joie que j' aurais fait la même chose. Notre dernière bagarre m' a laissé un cuisant souvenir : une gifle de mon père, la première que j' ai jamais reçue de lui, et j' ai eu l' impression d' être clouée sur place.
Parfait, je suis sûre de ne plus réussir à m' endormir, maintenant. A travers la cloison, je l' entends tousser bruyamment, à plusieurs reprises. Je parie qu' il le fait exprès pour m' énerver. Ivackas va m' entendre, demain. Il le sait bien que je ne peux pas supporter Etan. Tout le monde le sait.
C' est Etan Almasy, bon sang ! Le fils de ce traître de Seifer, qui a tellement fait souffrir le monde entier ! Tout le monde déteste Etan, d' ailleurs. Je ne connais personne à la BGU qui puisse supporter ce garçon. Mais s' il y a une chose qui a estomaqué tout le monde il y a quelques années- j' étais toute petite à l' époque mais on m' en a parlé, évidemment - ça a été que mon père l' accepte à la BGU. Ils ont tous cru qu' il avait perdu la tête, et franchement, je me demande aussi ce qui a bien pu lui prendre. En tout cas, tout le monde évite Etan comme la peste ici, et pour autant que je me souvienne, on s' est toujours détestés, lui et moi. Mais ça devait être écrit. C' était comme ça avant même que nous ne naissions. Son père et le mien étaient ennemis. Ce sera la même chose pour nous.
Mais s' il y a une chose que je comprends encore moins, c' est que Papa semble l' apprécier. Comment est-ce que c' est possible ? Il lui confie même des missions dans le monde entier alors qu' il n' est même pas encore Seed ( puisqu' il a le même age que moi) et ils discutent souvent tous les deux. Incompréhensible.
Bien sûr que ça m' a fait mal. C' est moi qui devrait avoir droit à tout ça. Papa sait que ce que je veux le plus au monde, c' est être Seed. Moi, ce que je crois, c' est qu' il aurait préféré avoir un garçon. Le truc classique. Mais pas de bol, il n' a que deux filles, Lena et moi. Alors c' est Etan qu' il va aider. Mais est-ce qu' il se rend compte de ce qu' il fait ? Aider le fils de Seifer ! Je n' ai jamais vu cet homme, mais il parait que son fils lui ressemble énormément, et je sais que parfois, ma mère a un mouvement de recul quand elle l' aperçoit quand elle ne s' y attend pas, même si elle se reprend très vite et sourit. Mais on voit bien pendant ces quelques centièmes de secondes des images défiler dans ses yeux, comme des souvenirs qu' elle cache...
pas mal hein? vous en pensez koi?
Chapitre 2-Le feu et la glace (Final Fantasy VIII) posté le vendredi 11 août 2006 16:07
CHAPITRE 2
Comme prévu, j' ai passé une longue nuit blanche, grâce à mon très cher voisin; et lorsque, le lendemain matin, « à la première heure », Ivackas arrive, je suis chauffée à blanc. Il m' écoute râler patiemment, se contentant de me demander de baisser un peu le ton, à cause d' Etan, qui est juste à côté et qui est sûrement encore en train de dormir; ce qui a pour effet direct de me faire hurler de plus belle. Je fiche complètement de savoir que je le réveille, et ça m' est à peu près égal qu' il puisse m' entendre ou non.
_Bon, est-ce que tu as fini ? me demande-t-il, une fois que je ne sais plus de quel malheur de la terre l' accuser.
_Oui, je grogne en m' enfonçant dans mon siège avec mauvaise humeur. Mais j' ai l' impression que tu n' as pas écouté un mot de ce que j' ai dit.
_C' est possible; maintenant, c' est à moi de parler. Tout d' abord, je ne t' ai pas dit qu' il était à côté parce que je savais comment tu réagirais et que je devais te garder ici tout de même. Et je n' allais pas non plus jeter Etan dehors...
_M...
_Oui, je sais, ça ne t' aurait posé aucun problème, à toi. Mais j' ai une bonne nouvelle : comme tu sembles être en pleine forme, tu vas pouvoir regagner ta chambre. Je vais faire les examens nécessaires, et tu pourras y aller. Il suffira que tu restes allongée pendant quelque temps.
Il tire une seringue de son sac et un produit.
_Qu' est-ce que c' est que ça, encore ?
_Je dois te prélever du sang, pour les analyses, me répond-il.
_Tu crois pas que j' ai eu assez de piqûres comme ça depuis hier ?
_Eva, c' est important.
_Très bien, dis-je du ton du martyr, en tendant mon bras, tel l' agneau sacrificiel.
Pendant qu' il me prélève 10 000 litres de sang, il me raconte ce qu' il va en faire, toutes les procédures à accomplir, toutes les étapes de la recherche, et pendant un moment je me demande s' il parle toujours français. En même temps, il continue à me prélever du sang,
_Dis, tu comptes m' en laisser un peu ?
_J' en suis qu' au deuxième flacon, Eva. Tu ne risques pas de finir anémiée, ne t' en fais pas. Allez, ça ira. Ce sera un peu juste pour toutes les recherches que je dois faire, mais bon... On aura les résultats ce soir, je viendrai te voir à ce moment-là. Casey va venir te chercher et te ramener à ta chambre. Et je ne veux pas que tu en bouges, c' est entendu ?
Compte là-dessus, mon vieux.
_Eva, tu m' as bien compris ??!
_Oui, je soupire, je suis pas stupide.
_Stupide, non. Mais tu es bien la plus grande tête de mule que je connaisse...
C' est pas faux.
_Tu ne bouges pas de ton lit, c' est un ordre. Compris ?
_Oui, Ivackas.
Il peut toujours se brosser, tiens. Je n' ai pas que ça à faire. Il y a les entraînement, et...
_Je me suis mal exprimé. Est-ce que tu vas le faire ?
_Mais oui, c' est bon...
_Promets !
_Mais...
Ma parole, il lit dans les pensées, maintenant ?
_Promets, ou je t' enferme à clé ici !
_Très bien, c' est promis...
Bon, c' est vrai que je lui ai déjà fait ce coup-là... Il a l' habitude, il me connaît...
_Tu peux y aller.
Il me donne un produit à l' odeur écœurante à boire, qui, paraît-il, me redonnera des forces. Et puis quoi encore? Dès qu' il a le dos tourné, je jette son médicament dans un des pots de fleurs. Casey arrive à ce moment-là, je l' attrape par le bras et je me dépêche de sortir avant qu' Ivackas ne change d' avis.
_Est-ce que ça va ? me demande Casey.
_Un peu fatiguée. Ivackas m' a prélevé des litres de sang...
_Et les résultats ?
_Ce soir.
_Tu as peur ?
_Pff... De quoi ?
_Oh, arrête !
Mine de rien, il me connaît bien, Casey. Il sait bien ce que je pense. Ca peut paraître idiot, d' avoir peur de ces maudits résultats. Avoir peur alors que mon problème, c' est que je guéris facilement, que des blessures qui devraient me tuer ne me font pas plus mal que des égratignures ? Ce que je peux être stupide...
_Laisse-moi tranquille, je grogne en tournant la tête.
Il sourit, il voit qu' il a tapé en plein dans le mille. Il me prend la main et la serre fort et pendant un moment, la peur s' en va.
_T' as pas passé une bonne nuit, toi. Qu' est-ce qui s' est passé ?
_Etan était à l' infirmerie, aussi.
_Aïe. Vous vous êtes encore disputés ?
_Comme d'hab. Ca ne change pas. Je peux pas le supporter, ce type. Je me suis demandé si je n' allais pas en profiter pour le jeter par la fenêtre. Heureusement qu' Ivackas a bien voulu que je sorte, j' aurais fini par l' étrangler, je crois.
Casey sourit en hochant la tête.
Nous traversons les couloirs. Ils sont pleins de monde, et voir toutes ces personnes marcher dans tous les sens me donne vite le vertige. Casey doit me tenir plus fermement. J' aurais peut-être dû le boire, ce maudit médicament...
Nous croisons plusieurs élèves de notre classe, qui viennent me demander comment je me sens. Je n' ai même pas la force de leur répondre. Nous croisons aussi Kern. Il m' offre un bouquet de fleurs en s' excusant encore une fois. Bouquet qui, une fois que nous avons dépassé le champ de vision de celui qui me l' a offert passe par la première fenêtre que nous trouvons. La dernière fois qu' il m' a offert des fleurs pour s' excuser de m' avoir envoyé à l' infirmerie, il les avait cueillies dans le jardin de la BGU, et il y avait des guêpes cachées à l' intérieur. J' ai pas fait attention quand je les ai prises. Résultat : retour direct à l' infirmerie moins d' un quart d' heure après en être sortie. Alors merci bien.
On arrive dans le dortoir et je me mets immédiatement au lit. J' ai l' impression de ne plus avoir de forces. J' aurais vraiment dû le boire, son fichu produit. Casey me borde comme si j' étais une petite fille, puis me laisse sans même que je m' en rende compte. Je suis complètement dans les vapes et je ne tarde pas à m' endormir.
Je me réveille au bout de quelques heures, plutôt en forme. Et je m' aperçois d' une chose à laquelle je n' avais pas fait attention tout à l' heure. Ma chambre est remplie de cadeaux. Une boîte de mes gâteaux préférés de la part de cet amour de Casey, un bouquin de la part des professeurs, un magazine sur mon groupe préféré de la part de Bess, etc... Je les adore.
Un bruit attire soudain mon attention. On croirait qu' un troupeau de T-rex court dans le couloir et se rapproche de ma chambre. La porte s' ouvre à toute volée. Mais ce n' est pas un T-rex.
Pire que ça.
C' est ma sœur, Lena.
_EVAAAA ! s' écrie-t-elle en se jetant à mon cou.
_Mmmf ... Lena ... arrête... tu m' étouffes...
Je me demande si elle sait qu' elle est rentrée parce que je suis censée être gravement blessée... Seigneur, cette gamine a beau n' avoir que six ans, elle ne manque pas de force ...
_Oh, pardon !
Elle s' assoit à côté de moi, le visage grave.
_ J' ai eu tellement peur ! Maman a dit que tu étais blessée ! C' est pas grave, j' espère ?
Elle a les yeux pleins de larmes, maintenant.
_Mais oui, ça va . Si je peux survivre en vivant avec toi, je vois pas ce qui pourrais me tuer, je rigole.
Elle rit, rassurée. J' aperçois alors Maman, qui se trouve sur le pas de la porte, à nous observer. Elle me sourit.
_Est-ce que ça va, ma chérie ? demande-t- en entrant.
_Je viens de survivre à une tentative d' assassinat de plus il y a à peine trente secondes, je ris.
_Lena, chérie, laisse ta sœur tranquille, elle a besoin de se reposer.
_Oh, ça va en fait. Ca aurait pu être pire. Ivackas ne comprend pas comment j' ai pu m' en sortir à aussi bon compte, d' ailleurs. Et moi non plus. Depuis toute petite, j' arrive à survivre à toutes sortes d' accidents dans ce genre sans le moindre problème... Remarque, je ne me plains pas.
_Tu peux remercier ton ange gardien, sourit Maman en approchant. Parce qu' il en a du boulot, avec toi.
Je ris. Maman est tellement jolie ! Elle a une superbe chevelure d' un noir profond, de grands yeux noirs brillants et un sourire magnifique. J' aurais vraiment aimé lui ressembler. Moi, je ressemble plutôt à mon père. Tout le monde le dit. J' ai ses yeux bleus, des cheveux châtains foncés, et son sale caractère, à ce qu' il parait. Pas vraiment grande. Plutôt ronde. Vraiment banale, quoi. Grand-père Laguna dit que je ressemble à ma grand-mère, Raine. Je préfère nettement cette comparaison. Tiens, mais...
_Où est Papa ? je demande.
_Heu, il est...
_A l' infirmerie !! s' écrie Lena. Il est allé voir...
_Lena, tais-toi, tu veux, l' interrompt Maman.
_A l' infirmerie ? Mais qu' est-ce qu' il fait là-bas, je ...
Ma voix se coupe, j' ai comme une grosse boule dans la gorge. Maman fait sortir Lena de ma chambre, malgré ses protestations.
_Ma chérie , me fait doucement Maman, je t' en prie ne réagis pas comme ça, il est juste...
_...allé voir Etan, c' est ça ??
J' aurais dû m' en douter. Il est allé voir ce garçon directement, à peine arrivé. Et moi, il...
_Eva ...
_Non, mais ne t' en fais pas, il n' y a aucun problème, dis-je, la voix tremblante de colère. Sa propre fille a été blessée, mais il s' en moque ; lui, c' est Etan qu' il va voir!! Nooon, il n' y a aucun problème pour moi. Pourquoi? Ca t' en pose un, à toi ??
Je deviens complètement hystérique, là, mais c' est plus fort que moi.
_Eva, il voulait juste parler au docteur...
J' ai l' impression que je n' arrive plus à respirer et les mots ont de plus en plus de mal à sortir; j' ai ... mal à la gorge ... non ... je ne dois pas pleurer... Reprends-toi, ma fille . Bon sang, mais calme-toi, qu' est-ce qui t' arrive... Respirer... Il faut respirer calmement. Maman se lève et se dirige vers la porte.
_Tu es épuisée, je vais te laisser te reposer, je crois que tu ne sais plus ce que tu dis, me dit-elle doucement.
_Oh que si je sais ! Je ne dis que la vérité depuis tout à l' heure, tu le sais très bien ! Mais vas-y, va le voir ! Et dis-lui bien que surtout, c' est pas la peine qu' il se presse de venir me voir. Je suis pas encore mourante. Présente-lui mes excuses!!
_Je suis vraiment désolée que tu penses une chose pareille de ton père, Eva, dit-elle tristement avant de sortir et de refermer la porte .
Des larmes de rage coulent sans que je puissent les arrêter. Je... j' ai toujours su qu' il préférait Etan, après tout. Mais là , je sais pas... j' ai pas pu me contrôler... c' est pas comme si ça me faisait quelque chose, je m' en fiche après tout. Je... mais...
Je crois que je vais dormir...
Comme si ça ne suffisait pas, la porte s' ouvre à nouveau, sur une Quistis éberluée .
_Mais qu' est-ce qui se passe , ici ? Je viens de voir ta mère sortir, complètement bouleversée ! Qu' est-ce qu' il y a ??
_Ri... rien du tout, hoqueté-je, alors que je sanglote comme jamais.
_Eva. Je veux savoir.
_Laisse-moi tranquille...
_Eva, qu' est-ce que tu as dit à ta mère ?
_Juste la vérité. Ce n' est pas de ma faute si elle ne veut pas l' admettre.
_C' est à propos d' Etan, c'est ça ?
_Mais qu' est-ce que vous avez tous avec ce garçon !!!
C' est quand même pas croyable ! Pourquoi est-ce qu' il est toujours question de lui ? Quistis vient s' asseoir sur le bord de mon lit.
_Tu as vu ton père ?
Je lui envoie un regard foudroyant, elle capte tout de suite le message.
_Bon, je n' insiste pas. Je venais prendre des nouvelles, mais je vois que ce n' est pas vraiment le moment.
J' arrive à grande peine à reprendre le contrôle de moi-même . Pour me faire penser à autre chose, elle me parle de tout et de n' importe quoi; de Selphie qui ne devrait plus tarder à accoucher et de Irvine qui se comporte toujours comme un gamin... et au bout d'un moment, ça finit par marcher plus ou moins, je suis plus calme. Quistis est un professeur formidable. Elle se démène vraiment pour les élèves. C' est un peu une mère, pour tous les élèves de la BGU, et après Maman, c' est la personne que j' admire le plus. Mais elle doit repartir; il est tard et elle doit préparer des cours pour demain..
On frappe à la porte au moment où elle se lève. Décidément, ils se sont tous donné le mot pour me pourrir la journée...
La porte s' ouvre et Ivackas entre. Tiens, je l' avais oublié, celui-là. Il salue Quistis qui sort et referme doucement la porte derrière elle.
_Bonsoir.
_Les résultats ? je demande.
_Heuu... oui.
_Et ça n' a rien donné ?
_Eh bieeen... non.
Tu m' étonnes.
_Alors, docteur, qu' est-ce que vous recommandez, maintenant ?
_Tu d...
_Alors là je t' arrête tout de suite, c' est hors de question.
_Mais je n' ai même pas fini ma phrase !
_Oui, mais je sais ce que tu vas dire.
_Alors, pourquoi est-ce que tu me l' as demandé ?
_Je suis fatiguée, Ivackas. Ca a juste ralenti ma réaction. Je n' irai pas voir le professeur Geyser.
Ca fait des années qu' il me fatigue avec son graaaand Professeur Geyser, le génie, la légende. En fait, c' est rien de plus qu' un vieux dingue. Mais Ivackas l' admire, que dis-je, l' adule, pour tous les grands travaux qu' il a menés.
_C' est la seule solution. Il n' y a que lui qui puisse découvrir ce qui se passe.
_Il est complètement sénile !
_Ne parle pas comme ça de lui ! C' est un très grand savant ! Il saurait sûrement résoudre ce mystère...
_C' est non.
_J' ai parlé à ton père.
Et voilà.
_Il est d' accord.
J' aurais dû m' en douter.
_J' arrive pas à croire que tu m' aies fait ça !
_Enfin, c'est pour ton bien !
_Et ça ne compte pas si je ne suis pas d' accord ?
_Non. Tu as rendez-vous dans deux jours.
_Tu me le paieras.
_D' accord. Autre chose ?
_Je suis tout le temps fatiguée, j' ai l' impression de plus avoir de forces, j' en ai marre. Ca va durer combien de temps, encore ?
_Je t' avais dit de boire le médicament.
_Qu' est-ce qui te fais croire que je ne l' ai pas fait ?
_Mon géranium crevé.
_Il est crevé , et tu voulais que je boive ça ??
_Eva, ce produit n' est généralement pas fait pour les plantes. Il faudrait que tu comprennes que si je te dis ou je te donne quelque chose, c'est pour ton bien. De toute façon, d' ici deux ou trois jours, tu iras mieux. Tu pourras te lever. Mais pas question de retourner en cours ou aux entraînements avant une semaine.
_Une semaine ? t' es fou ! Je ne peux pas rester une semaine sans aller aux cours !!
_Il faudra bien.
_T' es marrant, c' est pas toi qui doit tout rattraper, après !
_Qu' est ce que tu veux que je te dise. Il faut ce qu' il faut.
_Mais qu' est-ce que je vais faire en attendant ?
_J' en sais rien. Mets-toi au tricot. Fais-toi un joli pull. Allez, il faut que j' y aille .
Il sort.
Je t' en ficherai, moi des tricots.
Donc voila le chapitre 2 du Feu et de la glace. Et pour la suite faudra attendre vendredi prochain NA
Comme prévu, j' ai passé une longue nuit blanche, grâce à mon très cher voisin; et lorsque, le lendemain matin, « à la première heure », Ivackas arrive, je suis chauffée à blanc. Il m' écoute râler patiemment, se contentant de me demander de baisser un peu le ton, à cause d' Etan, qui est juste à côté et qui est sûrement encore en train de dormir; ce qui a pour effet direct de me faire hurler de plus belle. Je fiche complètement de savoir que je le réveille, et ça m' est à peu près égal qu' il puisse m' entendre ou non.
_Bon, est-ce que tu as fini ? me demande-t-il, une fois que je ne sais plus de quel malheur de la terre l' accuser.
_Oui, je grogne en m' enfonçant dans mon siège avec mauvaise humeur. Mais j' ai l' impression que tu n' as pas écouté un mot de ce que j' ai dit.
_C' est possible; maintenant, c' est à moi de parler. Tout d' abord, je ne t' ai pas dit qu' il était à côté parce que je savais comment tu réagirais et que je devais te garder ici tout de même. Et je n' allais pas non plus jeter Etan dehors...
_M...
_Oui, je sais, ça ne t' aurait posé aucun problème, à toi. Mais j' ai une bonne nouvelle : comme tu sembles être en pleine forme, tu vas pouvoir regagner ta chambre. Je vais faire les examens nécessaires, et tu pourras y aller. Il suffira que tu restes allongée pendant quelque temps.
Il tire une seringue de son sac et un produit.
_Qu' est-ce que c' est que ça, encore ?
_Je dois te prélever du sang, pour les analyses, me répond-il.
_Tu crois pas que j' ai eu assez de piqûres comme ça depuis hier ?
_Eva, c' est important.
_Très bien, dis-je du ton du martyr, en tendant mon bras, tel l' agneau sacrificiel.
Pendant qu' il me prélève 10 000 litres de sang, il me raconte ce qu' il va en faire, toutes les procédures à accomplir, toutes les étapes de la recherche, et pendant un moment je me demande s' il parle toujours français. En même temps, il continue à me prélever du sang,
_Dis, tu comptes m' en laisser un peu ?
_J' en suis qu' au deuxième flacon, Eva. Tu ne risques pas de finir anémiée, ne t' en fais pas. Allez, ça ira. Ce sera un peu juste pour toutes les recherches que je dois faire, mais bon... On aura les résultats ce soir, je viendrai te voir à ce moment-là. Casey va venir te chercher et te ramener à ta chambre. Et je ne veux pas que tu en bouges, c' est entendu ?
Compte là-dessus, mon vieux.
_Eva, tu m' as bien compris ??!
_Oui, je soupire, je suis pas stupide.
_Stupide, non. Mais tu es bien la plus grande tête de mule que je connaisse...
C' est pas faux.
_Tu ne bouges pas de ton lit, c' est un ordre. Compris ?
_Oui, Ivackas.
Il peut toujours se brosser, tiens. Je n' ai pas que ça à faire. Il y a les entraînement, et...
_Je me suis mal exprimé. Est-ce que tu vas le faire ?
_Mais oui, c' est bon...
_Promets !
_Mais...
Ma parole, il lit dans les pensées, maintenant ?
_Promets, ou je t' enferme à clé ici !
_Très bien, c' est promis...
Bon, c' est vrai que je lui ai déjà fait ce coup-là... Il a l' habitude, il me connaît...
_Tu peux y aller.
Il me donne un produit à l' odeur écœurante à boire, qui, paraît-il, me redonnera des forces. Et puis quoi encore? Dès qu' il a le dos tourné, je jette son médicament dans un des pots de fleurs. Casey arrive à ce moment-là, je l' attrape par le bras et je me dépêche de sortir avant qu' Ivackas ne change d' avis.
_Est-ce que ça va ? me demande Casey.
_Un peu fatiguée. Ivackas m' a prélevé des litres de sang...
_Et les résultats ?
_Ce soir.
_Tu as peur ?
_Pff... De quoi ?
_Oh, arrête !
Mine de rien, il me connaît bien, Casey. Il sait bien ce que je pense. Ca peut paraître idiot, d' avoir peur de ces maudits résultats. Avoir peur alors que mon problème, c' est que je guéris facilement, que des blessures qui devraient me tuer ne me font pas plus mal que des égratignures ? Ce que je peux être stupide...
_Laisse-moi tranquille, je grogne en tournant la tête.
Il sourit, il voit qu' il a tapé en plein dans le mille. Il me prend la main et la serre fort et pendant un moment, la peur s' en va.
_T' as pas passé une bonne nuit, toi. Qu' est-ce qui s' est passé ?
_Etan était à l' infirmerie, aussi.
_Aïe. Vous vous êtes encore disputés ?
_Comme d'hab. Ca ne change pas. Je peux pas le supporter, ce type. Je me suis demandé si je n' allais pas en profiter pour le jeter par la fenêtre. Heureusement qu' Ivackas a bien voulu que je sorte, j' aurais fini par l' étrangler, je crois.
Casey sourit en hochant la tête.
Nous traversons les couloirs. Ils sont pleins de monde, et voir toutes ces personnes marcher dans tous les sens me donne vite le vertige. Casey doit me tenir plus fermement. J' aurais peut-être dû le boire, ce maudit médicament...
Nous croisons plusieurs élèves de notre classe, qui viennent me demander comment je me sens. Je n' ai même pas la force de leur répondre. Nous croisons aussi Kern. Il m' offre un bouquet de fleurs en s' excusant encore une fois. Bouquet qui, une fois que nous avons dépassé le champ de vision de celui qui me l' a offert passe par la première fenêtre que nous trouvons. La dernière fois qu' il m' a offert des fleurs pour s' excuser de m' avoir envoyé à l' infirmerie, il les avait cueillies dans le jardin de la BGU, et il y avait des guêpes cachées à l' intérieur. J' ai pas fait attention quand je les ai prises. Résultat : retour direct à l' infirmerie moins d' un quart d' heure après en être sortie. Alors merci bien.
On arrive dans le dortoir et je me mets immédiatement au lit. J' ai l' impression de ne plus avoir de forces. J' aurais vraiment dû le boire, son fichu produit. Casey me borde comme si j' étais une petite fille, puis me laisse sans même que je m' en rende compte. Je suis complètement dans les vapes et je ne tarde pas à m' endormir.
Je me réveille au bout de quelques heures, plutôt en forme. Et je m' aperçois d' une chose à laquelle je n' avais pas fait attention tout à l' heure. Ma chambre est remplie de cadeaux. Une boîte de mes gâteaux préférés de la part de cet amour de Casey, un bouquin de la part des professeurs, un magazine sur mon groupe préféré de la part de Bess, etc... Je les adore.
Un bruit attire soudain mon attention. On croirait qu' un troupeau de T-rex court dans le couloir et se rapproche de ma chambre. La porte s' ouvre à toute volée. Mais ce n' est pas un T-rex.
Pire que ça.
C' est ma sœur, Lena.
_EVAAAA ! s' écrie-t-elle en se jetant à mon cou.
_Mmmf ... Lena ... arrête... tu m' étouffes...
Je me demande si elle sait qu' elle est rentrée parce que je suis censée être gravement blessée... Seigneur, cette gamine a beau n' avoir que six ans, elle ne manque pas de force ...
_Oh, pardon !
Elle s' assoit à côté de moi, le visage grave.
_ J' ai eu tellement peur ! Maman a dit que tu étais blessée ! C' est pas grave, j' espère ?
Elle a les yeux pleins de larmes, maintenant.
_Mais oui, ça va . Si je peux survivre en vivant avec toi, je vois pas ce qui pourrais me tuer, je rigole.
Elle rit, rassurée. J' aperçois alors Maman, qui se trouve sur le pas de la porte, à nous observer. Elle me sourit.
_Est-ce que ça va, ma chérie ? demande-t- en entrant.
_Je viens de survivre à une tentative d' assassinat de plus il y a à peine trente secondes, je ris.
_Lena, chérie, laisse ta sœur tranquille, elle a besoin de se reposer.
_Oh, ça va en fait. Ca aurait pu être pire. Ivackas ne comprend pas comment j' ai pu m' en sortir à aussi bon compte, d' ailleurs. Et moi non plus. Depuis toute petite, j' arrive à survivre à toutes sortes d' accidents dans ce genre sans le moindre problème... Remarque, je ne me plains pas.
_Tu peux remercier ton ange gardien, sourit Maman en approchant. Parce qu' il en a du boulot, avec toi.
Je ris. Maman est tellement jolie ! Elle a une superbe chevelure d' un noir profond, de grands yeux noirs brillants et un sourire magnifique. J' aurais vraiment aimé lui ressembler. Moi, je ressemble plutôt à mon père. Tout le monde le dit. J' ai ses yeux bleus, des cheveux châtains foncés, et son sale caractère, à ce qu' il parait. Pas vraiment grande. Plutôt ronde. Vraiment banale, quoi. Grand-père Laguna dit que je ressemble à ma grand-mère, Raine. Je préfère nettement cette comparaison. Tiens, mais...
_Où est Papa ? je demande.
_Heu, il est...
_A l' infirmerie !! s' écrie Lena. Il est allé voir...
_Lena, tais-toi, tu veux, l' interrompt Maman.
_A l' infirmerie ? Mais qu' est-ce qu' il fait là-bas, je ...
Ma voix se coupe, j' ai comme une grosse boule dans la gorge. Maman fait sortir Lena de ma chambre, malgré ses protestations.
_Ma chérie , me fait doucement Maman, je t' en prie ne réagis pas comme ça, il est juste...
_...allé voir Etan, c' est ça ??
J' aurais dû m' en douter. Il est allé voir ce garçon directement, à peine arrivé. Et moi, il...
_Eva ...
_Non, mais ne t' en fais pas, il n' y a aucun problème, dis-je, la voix tremblante de colère. Sa propre fille a été blessée, mais il s' en moque ; lui, c' est Etan qu' il va voir!! Nooon, il n' y a aucun problème pour moi. Pourquoi? Ca t' en pose un, à toi ??
Je deviens complètement hystérique, là, mais c' est plus fort que moi.
_Eva, il voulait juste parler au docteur...
J' ai l' impression que je n' arrive plus à respirer et les mots ont de plus en plus de mal à sortir; j' ai ... mal à la gorge ... non ... je ne dois pas pleurer... Reprends-toi, ma fille . Bon sang, mais calme-toi, qu' est-ce qui t' arrive... Respirer... Il faut respirer calmement. Maman se lève et se dirige vers la porte.
_Tu es épuisée, je vais te laisser te reposer, je crois que tu ne sais plus ce que tu dis, me dit-elle doucement.
_Oh que si je sais ! Je ne dis que la vérité depuis tout à l' heure, tu le sais très bien ! Mais vas-y, va le voir ! Et dis-lui bien que surtout, c' est pas la peine qu' il se presse de venir me voir. Je suis pas encore mourante. Présente-lui mes excuses!!
_Je suis vraiment désolée que tu penses une chose pareille de ton père, Eva, dit-elle tristement avant de sortir et de refermer la porte .
Des larmes de rage coulent sans que je puissent les arrêter. Je... j' ai toujours su qu' il préférait Etan, après tout. Mais là , je sais pas... j' ai pas pu me contrôler... c' est pas comme si ça me faisait quelque chose, je m' en fiche après tout. Je... mais...
Je crois que je vais dormir...
Comme si ça ne suffisait pas, la porte s' ouvre à nouveau, sur une Quistis éberluée .
_Mais qu' est-ce qui se passe , ici ? Je viens de voir ta mère sortir, complètement bouleversée ! Qu' est-ce qu' il y a ??
_Ri... rien du tout, hoqueté-je, alors que je sanglote comme jamais.
_Eva. Je veux savoir.
_Laisse-moi tranquille...
_Eva, qu' est-ce que tu as dit à ta mère ?
_Juste la vérité. Ce n' est pas de ma faute si elle ne veut pas l' admettre.
_C' est à propos d' Etan, c'est ça ?
_Mais qu' est-ce que vous avez tous avec ce garçon !!!
C' est quand même pas croyable ! Pourquoi est-ce qu' il est toujours question de lui ? Quistis vient s' asseoir sur le bord de mon lit.
_Tu as vu ton père ?
Je lui envoie un regard foudroyant, elle capte tout de suite le message.
_Bon, je n' insiste pas. Je venais prendre des nouvelles, mais je vois que ce n' est pas vraiment le moment.
J' arrive à grande peine à reprendre le contrôle de moi-même . Pour me faire penser à autre chose, elle me parle de tout et de n' importe quoi; de Selphie qui ne devrait plus tarder à accoucher et de Irvine qui se comporte toujours comme un gamin... et au bout d'un moment, ça finit par marcher plus ou moins, je suis plus calme. Quistis est un professeur formidable. Elle se démène vraiment pour les élèves. C' est un peu une mère, pour tous les élèves de la BGU, et après Maman, c' est la personne que j' admire le plus. Mais elle doit repartir; il est tard et elle doit préparer des cours pour demain..
On frappe à la porte au moment où elle se lève. Décidément, ils se sont tous donné le mot pour me pourrir la journée...
La porte s' ouvre et Ivackas entre. Tiens, je l' avais oublié, celui-là. Il salue Quistis qui sort et referme doucement la porte derrière elle.
_Bonsoir.
_Les résultats ? je demande.
_Heuu... oui.
_Et ça n' a rien donné ?
_Eh bieeen... non.
Tu m' étonnes.
_Alors, docteur, qu' est-ce que vous recommandez, maintenant ?
_Tu d...
_Alors là je t' arrête tout de suite, c' est hors de question.
_Mais je n' ai même pas fini ma phrase !
_Oui, mais je sais ce que tu vas dire.
_Alors, pourquoi est-ce que tu me l' as demandé ?
_Je suis fatiguée, Ivackas. Ca a juste ralenti ma réaction. Je n' irai pas voir le professeur Geyser.
Ca fait des années qu' il me fatigue avec son graaaand Professeur Geyser, le génie, la légende. En fait, c' est rien de plus qu' un vieux dingue. Mais Ivackas l' admire, que dis-je, l' adule, pour tous les grands travaux qu' il a menés.
_C' est la seule solution. Il n' y a que lui qui puisse découvrir ce qui se passe.
_Il est complètement sénile !
_Ne parle pas comme ça de lui ! C' est un très grand savant ! Il saurait sûrement résoudre ce mystère...
_C' est non.
_J' ai parlé à ton père.
Et voilà.
_Il est d' accord.
J' aurais dû m' en douter.
_J' arrive pas à croire que tu m' aies fait ça !
_Enfin, c'est pour ton bien !
_Et ça ne compte pas si je ne suis pas d' accord ?
_Non. Tu as rendez-vous dans deux jours.
_Tu me le paieras.
_D' accord. Autre chose ?
_Je suis tout le temps fatiguée, j' ai l' impression de plus avoir de forces, j' en ai marre. Ca va durer combien de temps, encore ?
_Je t' avais dit de boire le médicament.
_Qu' est-ce qui te fais croire que je ne l' ai pas fait ?
_Mon géranium crevé.
_Il est crevé , et tu voulais que je boive ça ??
_Eva, ce produit n' est généralement pas fait pour les plantes. Il faudrait que tu comprennes que si je te dis ou je te donne quelque chose, c'est pour ton bien. De toute façon, d' ici deux ou trois jours, tu iras mieux. Tu pourras te lever. Mais pas question de retourner en cours ou aux entraînements avant une semaine.
_Une semaine ? t' es fou ! Je ne peux pas rester une semaine sans aller aux cours !!
_Il faudra bien.
_T' es marrant, c' est pas toi qui doit tout rattraper, après !
_Qu' est ce que tu veux que je te dise. Il faut ce qu' il faut.
_Mais qu' est-ce que je vais faire en attendant ?
_J' en sais rien. Mets-toi au tricot. Fais-toi un joli pull. Allez, il faut que j' y aille .
Il sort.
Je t' en ficherai, moi des tricots.
Donc voila le chapitre 2 du Feu et de la glace. Et pour la suite faudra attendre vendredi prochain NA





